La Grande Guerre. 14-18

 

Les bretons dans la Grande Guerre

(Le Télégramme)

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Marins pêcheurs. Les oubliés de 14-18

(Le Télégramme)

 

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René Quillivic. Sculpteur de la Grande Guerre

 (Le Télégramme)

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14-18. Leur guerre, celle de Joseph

(Le Télégramme)

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La Gohelle. Dans les pas des Poilus
(Le Télégramme)

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Rennes. L'école des mutilés de guerre 

(Le Télégramme)

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Le Monde.fr
Le Monde - ‎mercredi‎ ‎4‎ ‎juin‎ ‎2014
"Entre 1914 et 1918, Allemands et Alliés se sont livrés une guerre bactériologique"

Dans votre livre, vous expliquez comment les belligérants, en particulier l’Allemagne, ont, durant la première guerre mondiale, inoculé des maladies infectieuses aux animaux utilisés par leurs adversaires. Comment ont-ils procédé ?

Il existait au sein de l’état-major allemand une « section politique », équivalent du « service action » dans les services secrets actuels, qui avait trois missions : la subversion politique (par exemple, soulever l’Irlande contre les Britanniques), le sabotage (des chemins de fer, des ports, des usines), et la guerre biologique. Pour cette dernière, des bactéries, essentiellement de la maladie du charbon (anthrax) et de la morve – deux maladies infectieuses mortelles pour les animaux –, sont produites dans un laboratoire de maladie tropicale à Berlin, puis transportées ou envoyées à des agents chargés de contaminer les animaux chez l’ennemi ou chez les neutres qui le fournissent, dans les élevages et les ports d’embarquement. Par exemple, des morceaux de sucre renfermaient une ampoule en verre remplie de liquide de culture bactérienne, qui se brisait quand l’animal le croquait. De telles actions ont été menées en France, en Roumanie, mais aussi aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Espagne, au Portugal, en Scandinavie…

Comme il devenait de plus en plus difficile d’envoyer ces « colis » par la poste ou par les transports officiels – a fortiori dans les pays ennemis –, la production a été décentralisée. Un laboratoire est créé en 1915 dans la banlieue de Washington, dirigé par un citoyen américain d’origine allemande. Le 21 juin 1916, un sous-marin allemand débarque à Carthagène (Espagne), un agent, Hermann Wuppermann (dit « Arnold »), y apporte des fioles. Un laboratoire, situé à l’hôpital allemand de Madrid, les cultive sous la direction d’un médecin spécialiste de médecine tropicale, le professeur Friedrich K. Kleine, ancien adjoint du professeur Robert Koch, le « découvreur » de la tuberculose, qui succédera à ce dernier, de 1933 à 1945, à la direction de l’Institut Koch à Berlin. Wuppermann, lui, est ensuite chargé de mener ces opérations en Amérique du Sud. Un dernier télégramme lui est envoyé de Berlin avec de l’argent, peu avant l’armistice de 1918, lui ordonnant de ne pas revenir en Europe… et l’on perd sa trace.

Et c’est efficace ?

Le service vétérinaire de l’armée française a comptabilisé 60 000 cas de morve chez les chevaux durant toute la durée de la guerre, mais il est impossible de déterminer quelle est la part de l’origine naturelle (la maladie est endémique) et celle de l’origine volontaire. On sait, en revanche, que les épidémies qui se déclarent à bord de navires de transport voguant vers les ports alliés obligent ceux-ci à faire demi-tour avec 1 500 chevaux malades 

vers le Portugal, ou encore 4 500 mulets vers l’Argentine.

Des humains ont-ils été visés ?

Il n’existe aucune preuve d’une contamination volontaire. Dans un télégramme de Madrid à Berlin, Kleine propose bien de répandre le choléra au Portugal, mais Berlin refuse. Après-guerre, il sera accusé d’avoir inoculé le typhus et la peste à Marseille, Toulon, Salonique et au Maroc. Mais ces maladies, qui se sont effectivement déclarées dans certains de ces endroits, peuvent avoir une origine naturelle.

Les Alliés ont-ils aussi pratiqué la guerre bactériologique ?

Oui, on trouve dans les textes allemands la trace de l’existence d’un réseau français en Suisse, dirigé par un certain Mougeot, qui infectait les chevaux allemands en dissimulant du liquide de culture dans le dentifrice des colis de la Croix-Rouge envoyés à des prisonniers français ; ceux-ci devaient contaminer les chevaux qu’ils rencontraient… Les vétérinaires militaires allemands ont relevé 30 000 cas de morve ; mais, là encore, on ne sait pas quelle est la part des origines naturelle et volontaire. En revanche, cela explique que les Français n’aient à aucun moment, pendant comme après la guerre, dénoncer les agissements allemands… puisqu’ils faisaient la même chose !

Alors comment sait-on ce qui s’est passé ?

Les Allemands ont détruit toutes les archives et les témoins ont gardé le secret. Il y a eu des soupçons et des dénonciations, mais rien d’officiel. Un biologiste allemand a bien écrit quelques lignes sur les opérations menées durant la guerre à partir des archives des affaires étrangères allemandes, mais son livre n’a pas été traduit en français. Lorsqu’un agent français se propose de publier ses Mémoires sur la grande guerre en 1936, les services lui interdisent d’en parler, car l’armée développe son propre programme bactériologique… jusque dans les années 1970. Mais le sujet de la guerre bactériologique est abondamment débattu, car tout le monde la sait possible : elle est en principe interdite par la convention de La Haye de 1907, réitérée par les traités de paix et conventions de désarmement de l’entre-deux-guerres, mais personne ne se fait d’illusions.

Pourtant, vous avez eu accès à des informations précises et détaillées, presque cent ans après les faits. Comment ?

Je suis journaliste, et historien à mes heures perdues ; j’ai écrit une vingtaine de livres sur la guerre de 14 et sur… l’histoire de la sidérurgie. Comme le Service historique de la défense (SHD), au fort de Vincennes, est ouvert à tous, et pas seulement aux historiens professionnels, j’y allais régulièrement depuis vingt ans. Il y a une dizaine d’années, j’y avais consulté l’inventaire des « fonds privés », c’est-à-dire les archives léguées par les familles des militaires, et je suis tombé sur la cote de documents venant d’un officier du « chiffre », comme on appelait à l’époque les services chargés de décrypter les messages de l’ennemi. Je me rappelais ma fascination de jeunesse pour le livre d’Anthony Cave Brown, La Guerre secrète (Pygmalion, 2000) pendant la seconde guerre mondiale, alors je l’ai noté dans un coin car ce n’était pas le sujet qui m’intéressait à ce moment. Il y a un an et demi, je suis revenu au SHD et comme j’avais un peu de temps, j’ai ouvert le carton : il y avait une liasse de messages allemands interceptés en 1914. J’ai commencé à tirer le fil, regarder les inventaires, les bibliographies, je suis retourné au SHD en 2013 d’où j’ai rapporté des milliers de photos et de documents, les messages décryptés par les services français de 1914 à 1919, que j’ai recoupés avec les archives de la défense, de la marine et du Quai d’Orsay, et avec ce qu’il reste des archives allemandes des services secrets et de la Kriegsmarine (à Fribourg).

Il y avait en France cinq services du chiffre, qui employaient des mathématiciens de haut niveau, pour « casser » les codes : deux au ministère de la guerre (un au grand quartier général (GQG), un au cabinet du ministre), un à la marine, un à l’intérieur et un aux affaires étrangères. Ce dernier, officiellement, n’existait pas, et n’était jamais mentionné ; il s’appelait le « service des travaux réservés » ; ses archives ont été détruites avant l’arrivée des Allemands en mai 1940. J’ai découvert par plusieurs recoupements que son chef, de 1914 à début 1918, était Robert Chodron de Courcel, le grand-père de Bernadette Chirac ! Téléphone, télégraphe, courrier, radiotélégrammes (on était aux tout débuts de la radiophonie) : tous ces gens écoutaient et décryptaient les Allemands, les Autrichiens, mais aussi les Alliés. C’était la NSA  [l'Agence 

nationale de sécurité américaine] avant la lettre…

Mais pourquoi n’ont-ils pas donné l’alerte publiquement, ne serait-ce que comme arme de propagande contre les Allemands ?

Tout d’abord, chaque service n’avait qu’une partie des informations, personne ne s’est rendu véritablement compte de quoi il s’agissait. Ensuite, il n’y avait pas d’attention morale ou politique particulière portée à la guerre bactériologique : les militaires et les scientifiques allemands, par exemple, ne faisaient pas de différence entre ces actes et le sabotage « classique », et les Alliés avaient suffisamment d’arguments sur la « culpabilité » allemande pour ne pas utiliser celui-ci… d’autant, je le répète, que les grandes nations belligérantes avaient leurs propres projets dans le domaine bactériologique. Enfin, les Français ne voulaient pas, même après-guerre, révéler qu’ils écoutaient les communications…

Saint Thégonnec
Guerre 14-18 Les ânes au coeur du conflit

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AFP - ‎vendredi‎ ‎27‎ ‎juin‎ ‎2014
Sarajevo commémore loin de l'Europe le début de la Première Guerre mondiale

Sarajevo commémore samedi sans les dirigeants européens l'attentat qui a fait basculer l'Europe il y a cent ans dans la Première Guerre mondiale, et dont le souvenir divise encore les Balkans un siècle plus tard.

Loins eux-mêmes de partager une mémoire commune de ce conflit sans précédent qui a saigné à blanc le vieux continent, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont choisi de marquer cet anniversaire ailleurs, avec deux jours d'avance sur le calendrier, lors d'une cérémonie jeudi dans la ville martyre d'Ypres, dans le nord-ouest de la Belgique, en marge d'un Conseil de l'UE à Bruxelles.

Selon l'historien et diplomate serbe bosnien Slobodan Soja, un sommet européen avait été un temps envisagé à Sarajevo à l'occasion du centenaire, mais l'idée a été abandonnée à cause notamment des querelles intercommunautaires que cet anniversaire a ravivées en Bosnie.

"Il aurait été impossible de mettre tout le monde (Serbes, Musulmans, Croates: NDLR) ensemble le 28 juin à Sarajevo", ce qui a "rendu ce sommet impossible" a expliqué M. Soja à l'AFP.

C'est pourtant dans la capitale bosnienne que le destin de l'Europe, au faîte de sa puissance, a basculé le 28 juin 1914, avec les deux coups de feu mortels tirés par le jeune nationaliste serbe bosniaque Gavrilo Princip contre l'archiduc héritier d'Autriche François Ferdinand et son épouse Sophie.

Cinq semaines plus tard, entrainées par leurs rivalités, leurs peurs, leurs alliances et l'aveuglement de leurs dirigeants, les grandes puissances européennes étaient en guerre.

L'Europe exsangue

Ce conflit durera plus de quatre ans, s'étendra à toutes les régions du monde et laissera l'Europe exsangue: 10 millions de morts et 20 millions de blessés parmi les combattants, et des millions de civils tués par les combats, la famine, la maladie ou les troubles sanglants qui, de la Pologne à la Turquie en passant par la Russie ou la Hongrie, continueront à secouer le continent jusqu'en 1923.

Mal soldée, cette "catastrophe originelle", ainsi que les Allemands la qualifient, entraînera vingt ans plus tard la Seconde Guerre mondiale, consacrant l'effacement d'une Europe pour la deuxième fois ruinée au profit d'une nouvelle superpuissance planétaire, les Etats-Unis.

A Sarajevo, le centenaire du 28 juin 1914 sera modestement marqué samedi par un concert de la Philharmonie de Vienne --alors capitale de l'empire austro-hongrois que Gavrilo Princip avait frappé en assassinant son héritier. Ce sera le point d'orgue d'une série de manifestations culturelles et sportives hétéroclites largement financées par l'Union européenne, à laquelle n'appartient pas la Bosnie.

Le message politique a été lui délivré très loin de la Bosnie et de ses tensions, à Ypres où les dirigeants européens ont réaffirmé leur engagement à tout faire pour maintenir en l'Europe en paix, en évitant les "spirales et surenchères" à l'origine de la Première Guerre mondiale.

Car un siècle après, le geste et la personnalité de Gavrilo Princip divisent encore les Balkans, mal remises des conflits sanglants qui ont suivi l'éclatement de la Yougoslavie dans les années 90.

Sarajevo, aujourd'hui majoritairement musulmane, a effacé ces dernières années toute trace du jeune activiste serbe, dont le souvenir est associé aux forces serbes ayant assiégé la capitale bosnienne pendant la guerre intercommunautaire qui a fait près de 100.000 morts entre 1992 et 1995.

Culte voué à Princip

"Au sein de l'armée (serbe de Bosnie) qui bombardait Sarajevo on vouait un culte à Gavrilo Princip", rappelle l'historien bosnien musulman Husnija Kamberovic.

Coté serbe, le jeune étudiant exalté, mort en prison en 1918, est depuis toujours célébré comme un héros de la lutte d'indépendance des Slaves du sud contre l'empire austro-hongrois qui avait annexé la Bosnie en 1908.

Du coup, les Serbes de Bosnie et de Serbie ont refusé de s'associer aux cérémonies officielles de Sarajevo, dénonçant une approche "révisionniste" de l'histoire qui qualifie Princip de 

"terroriste" et fait, selon eux, porter indûment sur les Serbes la responsabilité de la guerre.

Et ils ont organisé leurs propres cérémonies du centenaire, parrainées par le président de l'entité serbe Milorad Dodik et le cinéaste serbe Emir Kusturica.

La population de Sarajevo semble quant à elle plutôt indifférente à ce centenaire, et résignée à demeurer, à cette occasion encore, à l'écart de l'Europe.

"Sarajevo est oubliée par l'Europe. Les cérémonies du centenaire ne m'intéressent pas vraiment, mais si c'est une occasion de parler de nous dans le monde, ne serait-ce qu'un jour, c'est peut-être utile", estime Zana Buric, une entrepreneuse de 38 ans.

"On entend souvent ces derniers jours que Sarajevo est +le cœur de l'Europe+. J'en ai assez de ces phrases. C'est cynique. Si nous sommes vraiment au cœur de l'Europe, pourquoi cette Europe ne veut-elle pas de nous?", s'énerve Alma Softic, étudiante en mathématique.

"Les commémorations liées à la guerre, mais la nôtre, celle des années 1990, on en a ici quasiment tous les jours. Un jour ce sont les Musulmans, le lendemain les Serbes, puis les Croates, et ainsi de suite. Et ça ne fait qu'augmenter les divisions" entre les trois communautés, relève de son côté Jasmin Bukaric, un informaticien de 34 ans.

 

Barluet, Alain
lefigaro.fr - ‎dimanche‎ ‎29‎ ‎juin‎ ‎2014
Sarajevo commémore un centenaire qui passe mal

Les Bosno-Serbes ont boycotté la cérémonie marquant l'assassinat de l'archiduc d'Autriche déclencheur du premier conflit mondial.

Un grand spectacle avec son et lumière, danses et chants pour relater la longue marche du XXe siècle à travers une kyrielle de guerres vers l'horizon incertain de la paix. C'est sur le pont Latin qui enjambe la Miljacka, à l'endroit même où le nationaliste bosno-serbe Gavrilo Princip mis le feu aux poudres en assassinant l'archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, que Sarajevo a commémoré samedi le déclenchement du premier conflit mondial. Plusieurs événements culturels ont eu lieu, dont un concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne, samedi dans la Vijecnica, la bibliothèque nationale, détruite pendant le siège de la ville en 1992, et restée le symbole d'un autre conflit dont les plaies, vingt ans après, sont mal refermées. Orchestre de Vienne… il n'en fallait pas plus pour ranimer le spectre impérial aux yeux des Bosno-serbes qui ont manifesté jusqu'à la tenue du concert. Considérant Princip comme un héros national, ils ont boycotté la cérémonie officielle et organisé leurs propres commémorations à Visegrad, dans l'est de la Bosnie, en présence du premier ministre serbe Aleksandar Vucic.

Un pays en proie à un apartheid invisible

«Les commémorations thaumaturges n'existent pas», argumente Joseph Zimet, le directeur général de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, qui, avec six pays de l'UE, a organisé en terrain miné ces premiers événements du cycle mémoriel de la Grande Guerre. «Entre la France et l'Allemagne, la réconciliation a pris vingt ans, là ce sera peut-être quarante ans», ajoute-t-il. Le cap européen de la Bosnie-Herzégovine a été rappelé, notamment par Harlem Désir, le secrétaire d'État aux Affaires européennes, qui a fait le déplacement. Des encouragements encore bien utopiques au regard du communautarisme dans lequel a glissé ce pays en proie à un apartheid invisible. Ce message européen a pourtant été porté à incandescence par Bernard-Henry Lévy, qui a lancé samedi une pétition pour l'«entrée inconditionnelle» de la Bosnie dans l'UE… Sa pièce, Hôtel Europe, a été créée la veille au Théâtre national de Sarajevo. Un long monologue déroutant, interprété par Jacques Weber, dans lequel le philosophe estime que la Bosnie, tel un «vaccin révolutionnaire», est susceptible de sauver les «pays d'Europe menacés par le déferlement des populismes, des souverainismes et des fascismes»…

Zlatko Dizdarevic, ex-rédacteur en chef du journal Oslobodjenje, figure de Sarajevo et des années de siège, ne cache pas son dépit et son pessimisme. Il dénonce le «cynisme» de l'Europe qui revient pour cet anniversaire à Sarajevo, «là où elle a piétiné ses principes fondamentaux» et qui «repartira ensuite, laissant une nouvelle fois la ville seule avec elle-même». Plusieurs officiers français qui commandèrent à Sarajevo, dont le général André Soubirou, étaient eux aussi présents. «La France a perdu en ex-Yougoslavie davantage de soldats qu'en Afghanistan», invoque le général Elrick Irastorza, le président de la Mission du centenaire, en rappelant «le pont aérien intellectuel» qui s'était établi avec la ville assiégée.

 

Le Monde.fr
Le Monde - ‎mardi‎ ‎1‎ ‎juillet‎ ‎2014
Joe Sacco : "Cette fresque essaie de montrer l'ampleur du massacre"

Dans votre dernier ouvrage La Grande Guerre (Futuropolis, 2014. 25euros), vous retracez le premier jour de la bataille de la Somme, le1er juillet1916, sous la forme d'une fresque mesurant 7mètres de long. Cette œuvre est exposée dans les couloirs de la station de métro Montparnasse à Paris tout l'été sur 130 mètres de long. Etes-vous satisfait du résultat ?

Joe Sacco : Je suis très content. C'est très étonnant de voir cette fresque représentée sur une telle échelle dans le métro à Paris ! J'avais peur que certaines de mes erreurs soient visibles. Elles sont bien là, mais je ne vous dirai pas lesquelles. Je suis en revanche très satisfait par la qualité du rendu: les détails sont beaucoup plus apparents. Les expressions sur les visages qui étaient invisibles sur le livre apparaissent sur cette fresque. Ça donne une nouvelle dimension au dessin.

C'est la première fois que votre travail est exposé à la vue du public. Qu'est-ce qui vous a décidé à franchir le pas ?

D'une manière générale, je n'aime pas trop quand la bande dessinée est exposée sur un mur dans une galerie d'art. Cela peut être intéressant si l'on veut regarder les détails techniques, mais à mon avis, la place de la bande dessinée n'est pas dans une exposition, mais dans un livre. C'est l'intention première de la BD. Mais en l'occurrence je suis content de faire cette exposition parce qu'elle sera vue par tout le monde. J'aime l'idée que l'art soit public. Rien d'exclusif : les passants qui ne s'y attendent pas vont voir de l'art sur leur trajet.

Cette frise de 130 mètres de long est inaugurée aujourd'hui, 1erjuillet, date anniversaire du premier jour de la bataille de la Somme. Quel message avez-vous voulu transmettre au public ?

Je ne sais pas si j'ai un message à transmettre. Cela me paraît un peu présomptueux. Ce que cette fresque essaie de montrer, c'est l'ampleur de ce qui s'est passé ce jour-là. J'ai voulu donner une idée de l'ampleur du massacre, une idée des pertes et des souffrances humaines.

Cette fresque est une sourde reconstitution qui ne comporte aucun dialogue. Il y a toutefois des légendes explicatives en français, en anglais et en allemand. Que va apprendre le passant ?

Les légendes comportent peu d'informations. Le passant qui ne connaît rien de la bataille de la Somme apprendra l'essentiel. A savoir que les troupes britanniques ont subi des pertes colossales sur le sol français pendant la première guerre mondiale. Le premier jour de la bataille de la Somme fut le plus meurtrier de l'histoire britannique: 120000hommes partirent à l'assaut des lignes allemandes. A la fin de la journée, on comptait 20000morts et 40000blessés.

Cette bataille n'a eu aucun impact stratégique. Pensez-vous qu'elle fut inutile ?

Les historiens peuvent débattre des causes et des conséquences de telle ou telle bataille. Pour moi, ce n'est pas tellement le problème. Lorsqu'on atteint un tel niveau de démence et que la situation devient inextricable, une autre logique se met en place. Je pense que c'est cette logique qu'essaie de saisir l'artiste. Celui-ci tente de la regarder en prenant du recul. Ce que je vois, c'est un bain de sang sans gain réel.

Les pertes enregistrées durant la bataille de la Somme ont affecté le moral des troupes britanniques. Pourtant, vous le montrez dans votre fresque : le matin de la bataille, les soldats ont le sourire aux lèvres. On dirait qu'ils sont heureux. Vous qui avez couvert en tant que journaliste la guerre en Bosnie et le conflit israélo-palestinien, c'est quelque chose dont vous avez été témoin…

Au début de la bataille, les soldats britanniques étaient heureux d'aller se battre, tout comme les Français et les Allemands. C'est un fait. Cela a changé par la suite: une fois que le conflit s'est enlisé, ils n'ont plus regardé les choses de la même manière. Je ne pense pas que l'homme soit habité par une force obscure. Mais il existe chez lui une pulsion guerrière indéniable.

 

Le Monde.fr
Le Monde - ‎samedi‎ ‎12‎ ‎juillet‎ ‎2014
Un 14-Juillet marqué par le centenaire de la Grande Guerre

Depuis le début de la semaine, 250 jeunes venus du monde entier répètent une chorégraphie sur la place de la Concorde à Paris, entre 6 et 7 heures du matin. Le 14-Juillet, sur la musique du concerto pour clarinette de Mozart, ils rendront hommage à la mémoire des disparus de la Grande Guerre, devant le président, François Hollande, et les représentants de 80 nations issues de pays ou empires belligérants.

En raison des intempéries, plusieurs répétitions ont été annulées. Celles-ci ont finalement pu se tenir dans un gymnase parisien. Ce spectacle, mis en scène par l'artiste José Montalvo, clôturera un défilé militaire qui marquera l'entrée dans le cycle des commémorations du centenaire de la guerre de 14-18.

Après la traditionnelle descente des Champs-Elysées aux côtés du gouverneur militaire de Paris, le président de la République assistera à une parade des emblèmes, symbolisant l'harmonie retrouvée entre les nations. Ouverte par un emblème français, suivi d'un drapeau européen, cette parade réunira les nations qui ont eu des soldats ou des travailleurs engagés sur le théâtre européen. Encadré par deux rangées de militaires portant les uniformes des poilus de la Grande Guerre, les porte-drapeaux rendront les honneurs au président de la République.

"LE PEUPLE ALGÉRIEN ASSUME TOUTE SON HISTOIRE"

L'organisation n'a pas été des plus simples. La présence de militaires algériens a suscité un début de polémique en France et en Algérie. Le Front national et la puissante Organisation nationale des moudjahidine (anciens combattants algériens) s'y sont opposés publiquement. « Le peuple algérien assume toute son histoire et honore ses propres contributions à la liberté à travers le monde », a répondu le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra.

« Nous comprenons la sensibilité de certains militaires français et algériens, mais s'indigner de la présence de l'Algérie est une bien mauvaise démarche », indique-t-on dans l'entourage du ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian.

D'autres cas épineux ont été anticipés. Il fallait éviter de faire défiler côte à côte des peuples que la Grande Guerre a déchirés et que le temps n'a pas réconciliés : les Turcs et les Arméniens, par exemple. Les porte-drapeaux défileront par ordre alphabétique. Comme pour les célébrations des 70 ans du Débarquement, l'invitation pour la Russie a été maintenue en dépit des sanctions internationales. La Serbie, qui avait boudé les commémorations de l'attentat du 28 juin 1914, sera également présente. Les pays d'Amérique du Sud et certains pays d'Asie centrale, qui ont contribué de manière plus symbolique, ont préféré s'abstenir.

"SYNTHÈSE COMMÉMORATIVE"

Anticipant le fait que le président américain, Barack Obama, la reine d'Angleterre, Elizabeth II, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ne reviendraient pas en France, un mois après la commémoration du Débarquement, François Hollande a revu à la baisse les ambitions affichées initialement par le directeur de la Mission du centenaire 14-18, Joseph Zimet. Dans son rapport rendu au président d'alors Nicolas Sarkozy, en 2011, celui-ci proposait d'inviter 80 chefs d'Etat. Finalement, « ce seront principalement des ministres de la défense, responsables de l'organisation du centenaire de la guerre de 14-18 », précise David Zivie, directeur adjoint de la Mission du centenaire.

Le programme des festivités a également été remanié. La parade populaire animée par les célèbres géants de la troupe nantaise Royal de Luxe a été supprimée. Le dispositif mis en place en 2013 le soir du 14-Juillet a été reconduit : le concert de l'Orchestre de Radio France au pied de la tour Eiffel sera ponctué par un grand feu d'artifice sur le Champ-de-Mars.

Comme le souligne l'historienne Anne-Sophie Anglaret, ce 14-Juillet « relève d'une synthèse commémorative » qui s'explique d'abord par la logique défendue par la Mission du centenaire depuis sa création. Le bicentenaire de la Révolution française, qui avait suscité un enthousiasme presque général en France, fait figure de modèle.

"LA FÊTE DE TOUS LES PAYS ÉPRIS DE LIBERTÉ"

L'association entre la fête nationale et le centenaire de la Grande Guerre pourrait paraître surprenante. Elle s'inscrit en fait dans la continuité des modifications apportées au 14-Juillet depuis l'entre-deux-guerres. Le 14 juillet 1919, Raymond Poincaré, président de la République, et Georges Clemenceau, président du Conseil, déposaient une gerbe de fleurs au pied du cénotaphe à la gloire des morts de la première guerre. Les maréchaux Joffre et Foch chevauchaient derrière l'escadron de la Garde républicaine, suivis du maréchal Pétain sur un cheval blanc, avant que les troupes alliées ne défilent, avec en tête leurs chefs les plus prestigieux, le général américain Pershing et le maréchal britannique Haig.

Une célébration de la victoire, dont l'esprit ne sera pas absent de ces commémorations. Le président a insisté pour que, pendant le défilé, soient entonnés La Marseillaise ainsi que deux chants de poilus. Afin de ne pas s'en tenir uniquement à un discours sur une France fière d'elle-même, François Hollande s'appuie sur l'héritage de la Révolution française.

« Le 14-Juillet, c'est la fête nationale de la France. Mais le 14-Juillet, c'est aussi la fête de tous les pays épris de liberté. C'est la fête des droits de l'homme, c'est la fête de l'émancipation, c'est la fête de la dignité humaine », a rappelé le président devant les 250 jeunes venus du monde entier, réunis lundi à l'Ecole militaire à Paris.

 

Barluet, Alain
lefigaro.fr - ‎lundi‎ ‎14‎ ‎juillet‎ ‎2014
La Grande Guerre défile sur les Champs-Élysées

Le 14 Juillet 1919, dans la foulée de l'armistice, le défilé militaire des Champs-Élysées avait été une grande revue des troupes combattantes. Un siècle après le déclenchement du conflit qui allait changer le visage de la France et du monde, tous les témoins ont disparu. Le souvenir a basculé dans la mémoire. C'est à travers une série de symboles que la commémoration de la Grande Guerre servira de fil rouge à ce 14 Juillet 2014 et au défilé militaire, par ailleurs assez traditionnel, avec près de 4000 militaires, 285 véhicules, 54 avions et 36 hélicoptères.

Symboliques entre tous, des soldats en tenue de «poilus», avec uniforme et équipements d'époque, feront face à la tribune présidentielle. Leur bivouac, installé dans le jardin des Tuileries, est ouvert au public toute la journée. En préambule au défilé, une parade des emblèmes symbolisera «l'harmonie retrouvée entre les nations belligérantes». Quelque 80 nations ayant participé à la Première Guerre mondiale ont envoyé un porte-drapeaux et deux gardes qui, place de la Concorde, viendront se positionner sur trois chevrons face au président de la République. L'initiative a suscité, dans quelques cas, critiques et controverses, comme en Algérie. En France, des associations proches du Front national ont également protesté. «Il n'était pas concevable de ne pas inviter l'Algérie», réplique le général Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris et, à ce titre, maître d'œuvre du défilé. «Parmi les 173.000 tirailleurs, spahis, chasseurs d'Afrique et zouaves engagés au cours de la Grande Guerre pour défendre la France, 28.250 sont morts au champ d'honneur et plus de la moitié ont été blessés», rappellent en chœur le major Hocine Bouares, président d'une association de harkis et le colonel Aziz Meliani, un officier français d'origine algérienne. Le Maroc, avec lequel les relations diplomatiques sont actuellement chahutées, a dépêché in extremis trois militaires par avion spécial.

La force Sangaris à l'honneur

Le thème du centenaire sera présent tout au long du défilé à travers des unités ayant participé au premier conflit mondial. Parmi celles-ci, le 1er régiment de spahis, qui s'est illustré sur le front européen et dans l'armée d'Orient, ainsi que le 1er régiment d'infanterie, engagé sur la Marne, en Argonne, à Verdun, au Chemin des Dames, en Flandres… Pour la marine, des fusiliers marins et commandos de Lorient rappelleront les faits d'armes héroïques de leurs anciens lors de la bataille de Dixmude, en octobre 1914. Des détachements aériens évoqueront le centenaire des première missions de bombardement et de reconnaissance menées par l'armée de l'air, qui ne naîtra officiellement qu'en 1934, mais qui est largement issue de la guerre. Un canon de 75 hippomobile, canon emblématique de l'artillerie française, fermera le défilé. Il a fallu faire des essais pour vérifier que la relique résisterait aux pavés parisiens…

«Les mêmes hommes, défendant aujourd'hui les mêmes valeurs qu'en 1914»: pour illustrer ce message, le 8e régiment de parachutistes d'infanterie de marine (8e RPIMa), engagé dans l'opération «Sangaris» en Centrafrique, sera également à l'honneur sur les Champs-Élysées. Par ailleurs, un détachement du service de santé des armées ayant été affecté à l'hôpital de Kaia, à Kaboul, sera présent.

Chaque nation ex-belligérante a dépêché la semaine dernière à Paris quatre jeunes, deux filles et deux garçons. Le chorégraphe José Montalvo n'aura disposé que de quelques jours pour en faire les 250 danseurs d'un spectacle célébrant la «paix au service de la justice et de la liberté» qui se déroulera place de la Concorde, à l'issue du défilé. Peu avant midi, des colombes, dans la main des danseurs, s'envoleront vers le ciel.

 

 Le Télégramme

14-18. Les régiments bretons sur tous les fronts

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Le Télégramme

14 Juillet. Paris,capitale du centenaire 

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Le Télégramme

Expo. 14-18 Sous le pinceau de Mathurin Méheut

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Le Monde.fr
Le Monde - ‎dimanche‎ ‎20‎ ‎juillet‎ ‎2014
La grande guerre à hauteur d’homme

 

Sur RTL, « 14-18 : le récit inattendu » restitue le souffle d’une époque complexe à travers les voix de témoins ordinaires.

Au-delà des grandes batailles recouvrant les pages de nos livres d’histoire, la première guerre mondiale a chamboulé la vie de millions de citoyens ordinaires. Cent ans après, RTL livre cet été une série historique sur le quotidien d’un pays en guerre. Pour bâtir ce «récit inattendu», la station de la rue Bayard est allée puiser dans ses archives et a retrouvé des témoignages souvent inédits, datant pour la plupart des années 1960. Jusqu’au 23août, le temps de cinq émissions exceptionnelles, le programme fait revivre le conflit sous une autre lumière, à travers la voix d’acteurs de l’époque, qu’ils soient illustres ou inconnus.

Un matériel sonore édifiant

Ainsi, ce «récit inattendu» malmène les idées reçues. Des mythes persistants, comme le rôle décisif qu’auraient joué les taxis lors de la bataille de la Marne ou la liesse populaire lors du départ à la guerre, sont confrontés au savoir des historiens et aux souvenirs des intéressés. Grâce à un matériel sonore édifiant et auxanalyses de Bruno Cabanes, historien enseignant aux Etats-Unis, auteur de nombreux ouvrages sur la première guerre mondiale, l’émission présentée par Jérôme Chapuis, également à la tête du «Grand Jury», parvient à restituer le souffle d’une époque complexe. Des voix d’un autre temps, comme celle d’un jeune cultivateur de la Sarthe mobilisé peu après son mariage, arrivent à redonner vie de manière émouvante aux sentiments confus qui dominaient alors les Européens.

Le premier volet s’achève sur la découverte des tranchées et de ses horreurs lors de l’automne 1914. La vie au front, Verdun, le tournant de 1917 ou encore l’armistice font l’objet du reste de la série. Alors que le dernier poilu français s’est éteint il y a quelques années, l’initiative de Jérôme Chapuis et Bruno Cabanes apparaît commesalutaire. Grand public, documenté, riche en anecdotes, ce «récit inattendu», fruit d’un an de recherches, vient rappeler l’essentiel sur cette page majeure de notre Histoire. La Grande Guerre fut certes un terrible affrontement entre nations qui a bousculé l’équilibre international, mais ce fut peut-être avant tout une affaire d’individus en proie à des événements tragiques.

Grégoire Belhoste

 

Le Télégramme

14-18. Dixmude:"les Demoiselles" de Ronarc'h arrêtent les allemands

 

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AFP - ‎lundi‎ ‎21‎ ‎juillet‎ ‎2014
Quand la "capitale" belge s'exilait en Normandie en 1914-1918

A Sainte-Adresse, une station balnéaire normande située tout près du Havre, on hisse toujours bien haut les couleurs de la Belgique, le 21 juillet, jour de la fête nationale, depuis qu'elle a fait office de capitale du royaume pendant la quasi-totalité de la guerre de 1914-18.

La commémoration du centenaire de la Grande guerre fait sortir des archives cet épisode historique singulier, que Français et Belges ont pour la plupart complètement oublié et dont beaucoup de traces ont disparu lors des bombardements de la Seconde guerre mondiale qui ont ravagé Le Havre à l'été 1944.

Mais, cette année, le port français et sa station balnéaire ont exhumé et agrandi les photos d'époque pour en faire une grande exposition le long de la plage. Et de grands panneaux urbains racontent la présence belge d'il y a un siècle.

Si la fête nationale belge en donne un avant-goût lundi, la mise à l'honneur de la Belgique sur les hauteurs du Havre sera maximale le 4 octobre avec la venue du roi Philippe et d'une délégation ministérielle.

Le repli du gouvernement belge en Normandie était la conséquence de la foudre guerrière qui s'est abattue dès le 4 août 1914 sur le petit royaume, après son refus de laisser passer les troupes allemandes qui fonçaient vers la France.

"Au début de la guerre le prestige de la Belgique est immense", explique Michaël Amara, docteur en Histoire et chef de service aux Archives contemporaines de Bruxelles.

- Le "roi chevalier" -

En effet, sous l'impulsion du roi Albert 1er, surnommé "le roi chevalier", l'armée belge offre une résistance farouche et inattendue aux troupes d'Helmuth von Moltke, notamment à Liège et Anvers, retardant ainsi leur arrivée sur le sol français.

De plus, l'opinion internationale est choquée par les massacres subis par la population civile belge.

Quand la Belgique cède devant l'occupant, ne parvenant à conserver qu'une frange de son territoire à l'ouest, en deçà de l'Yser -ligne de front qu'elle tiendra toute la guerre avec l'aide des troupes franco-britanniques -, la France accepte de bonne grâce d'accueillir le gouvernement belge sur son sol.

"Le Havre avait l'avantage de ne pas être trop près de la ligne de front, d'avoir des facilités militaires et de permettre des liaisons faciles avec l'Angleterre et les colonies belges", explique Hubert Dejean de La Bâtie, maire de Sainte-Adresse.

Quant à sa station balnéaire, plutôt déserte en octobre, elle disposait d'hôtels confortables, d'immeubles de grande classe et de villas de luxe susceptibles d'accueillir des personnes de haut rang, en particulier dans le Nice-Havrais, un quartier construit par un promoteur parisien, Georges Dufayel.

Le 10 octobre le président français Raymond Poincaré donne son feu vert et, trois jours plus tard, deux navires accostent au Havre, desquels débarquent des ministres, des fonctionnaires, des familles, des gendarmes et autres professions, mais aussi le corps diplomatique accrédité à Bruxelles, soit au total plus de 1.000 personnes.

Usine d'armement

Malgré les efforts de leurs hôtes, les ministères belges sont plus ou moins bien lotis. Somptueuses villas pour les uns, locaux plus modestes pour les autres, comme le ministère des Colonies qui sera logé dans une ancienne buanderie...

Mais peu à peu la Belgique officielle va s'organiser, avec sa poste, son parc de réparation automobile, son hôpital, son école, son usine d'armement, qui explosera accidentellement en 1915, faisant un centaine de morts.

Le chef du gouvernement, Charles de Broqueville, ne séjourne à Sainte-Adresse que le week-end, faisant constamment des allers et retours pour voir le roi, Albert 1er, resté en zone libre belge, à La Panne.

Le souverain, qui ne s'est jamais rendu à Sainte-Adresse, y a néanmoins son boulevard, sa place et sa statue monumentale, érigée en 1938, mise à l'abri en 1940, et réinaugurée en 1947.

Revers de l'histoire, si le roi et quelques personnalités restées en Belgique sont entrés dans la mémoire populaire belge, le gouvernement en exil normand a sombré dans l'oubli.

"Il a été injustement critiqué mais sa réhabilitation viendra, le mouvement est enclenché", estime M. Amara.

 

14-18. Les peintres bretons au coeur du conflit 

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14-18. Un "merci" en cent photos

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Guerre 14-18 et Eté 1944. Devoir de mémoire

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AFP - ‎vendredi‎ ‎1‎ ‎août‎ ‎2014
1914-1918: le tocsin sonnera pour le centenaire de la "mobilisation générale"

Le gouvernement a invité les maires de toutes les communes de France à faire sonner le tocsin ce vendredi à 16H00, pour commémorer le centenaire de la "mobilisation générale" d'août 1914 et le début de la Première Guerre mondiale.

Il y a cent ans, le 1er août 1914 à la même heure, tous les clochers de France sonnaient le tocsin et les Français découvraient sur la porte des mairies l'ordre de "mobilisation générale" invitant notamment trois millions de réservistes à rejoindre dès le lendemain les 800.000 soldats en service actif.

Deux jours après, l'Allemagne déclarait la guerre à la France et débutait le premier conflit mondial, au cours duquel 8,5 millions de Français seront mobilisés de 1914 à 1918.

Kader Arif, secrétaire d'Etat aux Anciens combattants et à la mémoire, "encourage donc tous les maires à s'associer à cette commémoration, en faisant retentir les cloches dans leurs communes à 16H00 le 1er août prochain".

Dans une circulaire, le ministère de l'Intérieur a rappelé que la compétence en la matière revient aux communes. Les maires pourront donc célébrer le centenaire "en faisant retentir les cloches des édifices publics de leur ressort" vendredi 1er août, "selon les modalités qui paraîtront localement adaptées" et "sur la base du volontariat".

Il s'agit, selon Kader Arif, de commémorer la Grande Guerre "dans chaque commune, chaque famille, chaque foyer, en y associant le plus grand nombre de Français, pour un Centenaire de cohésion et d'unité nationale".

 

Le Monde.fr
Le Monde - ‎vendredi‎ ‎1‎ ‎août‎ ‎2014
Comment l’Australie a failli rater l’entrée en guerre en 1914

C’était un mois de juillet, il y a exactement cent ans. Les principales puissances mondiales, échaudées par des années de rivalités et brusquement mises sous tension par l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo le 28 juin, savent la déchirure imminente. Et s’organisent.

L’Australie aussi se serait bien jointe aux préparatifs, si ses dirigeants politiques n’avaient pas eu “autre chose en tête” et n’étaient pas complètement passés à côté de l’information, comme le révèlent les Archives nationales australiennes (NAA), reprises vendredi 1er août par le Guardian.

Car plus que des bisbilles européennes, le pays se préoccupe d'une autre bataille, électorale celle-ci, avec des élections fédérales censées se tenir quelques semaines plus tard. Le premier ministre, plusieurs de ses ministres et les leaders de l’opposition s’affairent aux quatre coins de l’île-continent pour y séduire les électeurs, bien loin des centres de décision.

C’est le ministre de la défense qui, le 30 juillet 1914, réceptionne un câble diplomatique britannique codé avertissant l’Australie des événements internationaux à venir et la pressant de s’y préparer prestement. “Lors de ce moment crucial, ne prenant pas conscience de l’urgence de la situation, le ministre Edward Millen ne fait rien”, détaillent les Archives nationales. “Et même quand il prend finalement conscience de l’importance du message, il préfère différer toute prise de décision jusqu’à ce que le premier ministre Joseph Cook soit contacté.”

M. Cook, alors immergé dans les campagnes de l’Etat de Victoria, dans le sud du pays, est bien contacté. S'il reçoit bien le câble diplomatique en question, en langage codé, la clé de chiffrement se révèle elle introuvable dans ses bagages : le premier ministre n’y comprend rien.

Ce n’est que le 2 août, en rentrant à Melbourne, qu’il apprend que les forces armées du pays ont été mobilisées, en l'absence d'autre décision. “Comme membre de l’Empire britannique, l’Australie ne pouvait rester neutre. Si la Grande-Bretagne déclarait une guerre, l’Australie y était elle aussi automatiquement impliquée”, explique la NAA. La guerre sera officiellement lancée le 4 août par Londres. Le gouvernement australien, réuni en urgence quelques heures plus tôt, vient alors de confirmer qu’il a décidé d’envoyer vingt mille hommes en renfort.

 

Le Parisien - ‎vendredi‎ ‎1‎ ‎août‎ ‎2014
Guerre de 14-18 : il y a cent ans, la France décrétait la mobilisation générale
L'affiche de la mobilisation générale était déjà prête, imprimée depuis longtemps, preuve que la guerre semblait inévitable. Ne manquait plus qu'à ajouter la date au dernier moment, à la main. Ce sera finalement le 2 août 1914. La veille, le 1er août, il y a donc 100 ans exactement, le gouvernement français décide de mobiliser les hommes en âge de combattre, comme le réclamait depuis plusieurs jours le chef d'Etat-major, le général Joffre, après l'accélération des tensions en Europe. Un jour avant, Jean Jaurès était assassiné. 

3,8 millions de réservistes âgés de 20 à 38 ans sont appelés à cette occasion à rejoindre les 800 000 soldats déjà en service actif. Quasiment au même moment, outre-Rhin, l'empereur Guillaume II décrète lui la mobilisation générale. Dans les deux camps, on se prépare à l'affrontement devenu inévitable.

Mais comment informer la population? Dans toutes les communes de France, le tocsin du clocher des églises, qui sert traditionnellement à donner l'alerte, retentit le 2 août 1914. Pour rappeler ce moment majeur dans l'histoire de France, le tocsin a de nouveau sonné ce vendredi à 16 heures dans de nombreuses communes de France, pour marquer le début de trois jours de commémorations du centenaire de l'entrée de la France dans la Première Guerre mondiale.

Si dans les campagnes, les paysans s'inquiètent de la moisson, dans les villes, on assiste parfois à des manifestations patriotiques. Portée par le sentiment, quasi-unanime, d'avoir à se défendre contre une agression, la France entre en guerre avec détermination, aussi pour laver l'affront de 1870.

Certains départs donnent lieu à des manifestations festives où l'alcool coule à flot, mais les larmes ne sont jamais loin. Le plus souvent, les adieux se font dans le silence, avec la conviction de rentrer au bercail avant Noël. Dans les grandes gares, des milliers de fantassins montent dans les trains gribouillés de craie par des fiers-à-bras : «A Berlin ! Mort aux Boches !». Sur les quais de la gare de l'Est, à Paris, les «Marseillaise» se succèdent presque sans interruption et on chante, surtout pour se rassurer : «On part couper les moustaches à Guillaume !» -- l'empereur allemand.

En dépit de ces manifestations largement exploitées par la propagande de l'époque, les mobilisés firent «rarement» preuve d'enthousiasme, souligne l'historien Jean-Jacques Becker, un des premiers à s'être intéressé, à partir des années 60, à l'histoire des Français -plus que de la France- dans la Grande Guerre. «Contrairement à l'idée reçue, dit-il, ils ne sont pas partis à la guerre la fleur au fusil, insouciants et joyeux».

On réquisitionne aussi des animaux, surtout des chevaux, essentiels pour déplacer une armée encore très peu motorisée. La mobilisation est un succès: les insoumis ne sont qu'1%. «Le départ à la guerre a d'abord un caractère d'évidence", note l'historien André Loez qui rappelle que «des décennies de service militaire et de scolarisation obligatoires ont construit des habitudes d'obéissance qui assurent un conformisme social minimal».

Même les pacifistes d'hier sont saisis par le patriotisme ambiant. Le 2, dans son hebdomadaire "La guerre sociale", Gustave Hervé, antimilitariste virulent, demande au ministre de la guerre d'être incorporé "par faveur spéciale, dans le premier régiment d'infanterie qui partira pour la frontière". Fin août, des pacifistes comme les socialistes Marcel Sembat et Jules Guesde rejoindront le gouvernement de René Viviani, répondant au mot d'ordre lancé le 4 par le président Raymond Poincaré: «Rien ne viendra briser devant l'ennemi l'union sacrée des Français».

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14-18. Les bretons dans l'enfer de Verdun

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Le Monde.fr
Le Monde - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
Il y a cent ans, l'Allemagne déclarait la guerre à la France

Il n'est pas d'usage de commémorer les déclarations de guerre. C'est pourtant ce que feront dimanche 3 août les présidents français et allemand, François Hollande et Joachim Gauck. Cent ans jour pour jour après la déclaration de guerre à la France par l'Allemagne, les deux présidents se retrouveront sur le site du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin) pour un hommage commun et inédit aux combattants français et allemands de la Grande Guerre.

Ce piton rocheux, rebaptisé le Vieil Armand par les poilus, a vu la mort d'environ 30 000 soldats dans les combats furieux qui les opposèrent sur la montagne «mangeuse d'hommes».

Musée binational

Dans leurs allocutions, François Hollande et Joachim Gauck doivent observer le rituel des commémorations en hommage à ces soldats: cérémonie militaire, dépôt de gerbe, minute de silence, rencontre avec une centaine de jeunes français et allemands réunis par l'Office franco-allemand pour la jeunesse...

Ils poseront aussi la première pierre d'un «historial» lui aussi très symbolique de la réconciliation franco-allemande puisque conçu par une équipe d'historiens binationale, une première. Ce musée devrait ouvrir ses portes au public en 2017.

Tout ceci «témoigne de la force de l'amitié entre les deux pays qui leur permet de regarder ensemble leur histoire commune, y compris dans ce qu'elle avait de plus dramatique», souligne-t-on à l'Elysée. Le symbole est d'autant plus fort que ce 3 août 1914 «avait ouvert une période de 30 ans de conflits, de rancunes, de massacres et de barbarie entre la France et l'Allemagne».

Agenda chargé

Sur une note plus légère, François Hollande et Joachim Gauck déjeuneront ensuite à la ferme-auberge du Molkenrain, fixée sur la pellicule de François Truffaut dans son film Jules et Jim.

Mais les deux présidents n'en n'auront pas fini avec les commémorations. Ils se retrouveront dès lundi à Liège avec une dizaine d'autres dirigeants pour commémorer le centenaire de l'invasion du Royaume de Belgique par les troupes du Reich, le 4 août 1914.

François Hollande assistera pour sa part à deux cérémonies, l'une, internationale, dans la matinée, au Monument interallié de Cointe, la seconde, franco-belge, à l'Hôtel de ville de Liège. Puis il regagnera Paris pour prendre dix jours de vacances.

 

Donald Hebert
tempsreel.nouvelobs.com - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
28 juillet 1914 : la guerre est déclarée...

Peut-on encore éviter la catastrophe ? A Vienne, le mardi 28 juillet, le vieil empereur François-Joseph a déclaré la guerre. Dans cette poudrière qu'est l'Europe de 1914, il a jeté une torche : la grande Autriche attaque la petite Serbie. L'une est soutenue par l'Allemagne, l'autre par la Russie. L'incendie peut embraser le continent. Pourtant, tout n'est pas joué, les dés roulent encore.

Pour toute personne de bon sens, l'attentat de Sarajevo ne vaut pas une guerre européenne. Si Vienne se contente de punir Belgrade pour venger l'archiduc François-Ferdinand, on s'arrêtera là. Les autres puissances n'en seront pas affectées, ni dans leur dignité ni dans leurs intérêts vitaux. La diplomatie européenne en a vu d'autres. Depuis le début du siècle, elle a jugulé trois ou quatre crises majeures. La paix garde une chance.

Ils sont plusieurs, parmi les responsables, à penser ainsi. Guillaume II redoute un massacre ; il juge l'humiliation de la Serbie suffisante et veut passer à autre chose. Viviani, président du Conseil français, veut rassurer l'Allemagne ; il a ordonné à l'armée française de reculer de dix kilomètres pour prévenir tout incident. Lord Grey, chef du Foreign Office, préconise une conférence à quatre. Le tsar lui-même hésite, partagé entre l'exaltation impériale et la crainte d'une hécatombe.

Pourquoi la guerre l'a emporté

Alors, en dépit de ces sursauts raisonnables, pourquoi la guerre l'a-t-elle emporté ? Pourquoi l'Europe, qui dominait le monde et progressait sans cesse, s'est-elle suicidée en quatre jours ?

Le drame se noue en Russie. Pour faire pièce à la déclaration de guerre autrichienne, la Russie, solidaire de la Serbie et saisie par une martiale fermeté, va rassembler son armée. Le général Sergueï Dobrorolski, chargé de l'opération, recueille les signatures nécessaires. L'atmosphère est sombre. Le ministre de la Marine lui lance :

"Quoi ? La guerre contre l'Allemagne ? La marine russe n'est pas en état de se défendre !"

Le ministre de l'Intérieur, Maklakov, est plongé dans une fièvre religieuse. Dans son bureau, de grandes icônes dressées sur une table étroite brillent à la lumière d'une lampe votive.

"En Russie, la guerre ne sera jamais populaire, dit-il, le peuple préfère les idées révolutionnaires à la victoire contre l'Allemagne. Mais on ne peut échapper à son destin."

Pouvait-on être plus lucide sur l'avenir du pays ?

29 juillet, 21 heures : coup de théâtre, l'opération est suspendue

A 21 heures, le 29 juillet, Dobrorolski se rend au central télégraphique de Saint-Pétersbourg où attend le directeur des Postes. Le central est fermé à tout autre trafic, les opérateurs attendent les copies du texte pour les envoyer dans toutes les provinces. L'ordre de mobilisation va partir. A 21h30, le téléphone sonne : ordre de suspendre l'opération. Coup de théâtre ! Que s'est-il passé ? Pourquoi Nicolas II recule-t-il au dernier moment ?

C'est qu'il a reçu un télégramme de son cousin l'empereur d'Allemagne. Tous deux petits-fils de la reine Victoria, Guillaume II et Nicolas II correspondent depuis longtemps de manière informelle, signant leurs missives de surnoms familiers, "Nicky" et "Willy". A la lecture du texte, Nicolas II est pris d'un scrupule. Guillaume II plaide l'arrangement. Aussitôt, le tsar s'écrie :

"Je ne serai pas responsable d'une effroyable hécatombe !"

Et il annule l'ordre de mobilisation. On revient à des mesures partielles. Il reste un espace pour la négociation.

l'opération est suspendue

A 21 heures, le 29 juillet, Dobrorolski se rend au central télégraphique de Saint-Pétersbourg où attend le directeur des Postes. Le central est fermé à tout autre trafic, les opérateurs attendent les copies du texte pour les envoyer dans toutes les provinces. L'ordre de mobilisation va partir. A 21h30, le téléphone sonne : ordre de suspendre l'opération. Coup de théâtre ! Que s'est-il passé ? Pourquoi Nicolas II recule-t-il au dernier moment ?

C'est qu'il a reçu un télégramme de son cousin l'empereur d'Allemagne. Tous deux petits-fils de la reine Victoria, Guillaume II et Nicolas II correspondent depuis longtemps de manière informelle, signant leurs missives de surnoms familiers, "Nicky" et "Willy". A la lecture du texte, Nicolas II est pris d'un scrupule. Guillaume II plaide l'arrangement. Aussitôt, le tsar s'écrie :

"Je ne serai pas responsable d'une effroyable hécatombe !"

Et il annule l'ordre de mobilisation. On revient à des mesures partielles. Il reste un espace pour la négociation.

L'influence des militaires et des nationalistes

C'est compter sans l'influence des militaires. En 1914, les pouvoirs civils sont encore mal assurés. En Russie, le tsar gouverne, mais le Premier ministre aussi. Même chose en Allemagne et en Autriche. En France, le président de la République, quoique dépouillé en théorie du pouvoir de gouverner, a la haute main sur la politique étrangère. Partisan de la fermeté, Poincaré domine un Viviani plus pacifique mais sans expérience. Face à ces gouvernements divisés, l'armée et sa caste d'officiers supérieurs disposent d'une autonomie dangereuse.

Ils trouvent un relais dans l'opinion. Partout en Europe sont nés des partis nationalistes qui ont théorisé la lutte à mort des Etats. Certes, en 1914, leur influence a décru. Le mythe d'une opinion exaltée, unanime, patriote jusqu'au bout, accueillant la guerre avec joie, empressée d'aller "à Berlin" ou "nach Paris" a été réfuté par les historiens.

Mais les idées des fanatiques de la nation ont imprégné les esprits. Celui qui les combat est immédiatement stigmatisé comme traître à sa patrie. Barrès lisant un discours de Jaurès en faveur de la paix le traite aussitôt d'Allemand. Partout les mêmes réflexes jouent.

Se battre ou mourir

Aussi bien, il n'existe aucun mécanisme de concertation internationale comparable à l'ONU d'aujourd'hui ou à l'Union européenne dont on dit tant de mal. Darwin est passé par là. On voit le monde comme une jungle où le plus fort détruit le plus faible. Chacun pense que la moindre faiblesse sera aussitôt exploitée par son ennemi, qu'il faut se battre ou mourir.

Les états-majors, enfin, n'ont pas compris la nouvelle nature de la guerre. La technique a rendu le feu irrésistible. Quelques années plus tôt, pendant la guerre des Boers ou lors de la bataille de Moukden entre Russes et Japonais, les canons lourds et les mitrailleuses ont changé le champ de bataille en champ de massacre. Obnubilés par la stratégie napoléonienne du mouvement, les militaires n'en tiennent pas compte.

Ainsi, quand ils apprennent l'hésitation du tsar, les généraux russes se rebellent. La mobilisation partielle, disent-ils, est une ineptie. Elle va jeter un désordre fatal dans l'organisation militaire. Fatigué, découragé, Nicolas II cède.

30 juillet, 18 heures : l'ordre de mobilisation en Russie

A 18 heures, le 30 juillet,Dobrorolski se rend de nouveau au central télégraphique. Les opérateurs attendent, silencieux. Les machines se mettent à cliqueter. L'ordre de mobilisation part dans toute la Russie. Le sort est jeté.

31 juillet : l'Allemagne déclare "l'état de danger de guerre"

Le lendemain, vendredi 31 juillet,l'ambassadeur allemand Pourtalès informe Berlin que les Russes ont ordonné la mobilisation générale. Comme son cousin, le Kaiser hésite. La guerre peut déclencher des catastrophes incontrôlables. Mais, comme en Russie, les généraux veillent au grain. Ils délèguent Falkenhayn, le ministre de la Guerre, qui arrache finalement à l'empereur d'Allemagne l'ordre de déclarer "l'état de danger de guerre".

L'état-major allemand suit les principes d'un plan implacable, élaboré depuis longtemps par le comte Schlieffen, chef des armées pendant quinze années, mort en 1913. Tout à sa peur de l'encerclement, l'armée allemande sait que la Russie, moins développée, mobilisera plus lentement que la France. Pour éviter de se battre sur deux fronts, elle doit vaincre l'ennemi le plus rapide et se tourner ensuite vers le plus lent : écraser la France en l'attaquant par la Belgique, pays neutre, avant de régler son compte à la Russie.

Guerre à la France !

Pour les militaires, dès l'annonce de la mobilisation russe, un compte à rebours impitoyable est déclenché. Si l'on tergiverse, le plan Schlieffen échouera. Un conflit avec la Russie ? Guerre à la France !

Schoen, ambassadeur allemand, notifie à Viviani que l'Allemagne exige l'arrêt de la mobilisation russe et demande si la France restera neutre en cas de guerre avec la Russie.

"La France, répond Viviani, agira selon ses intérêts"

Berlin lance alors son ultimatum : la France doit déclarer sa neutralité et offrir en gage deux forteresses, celles de Toul et de Verdun. Ce sont les militaires qui ont fait rajouter la dernière clause : ils savent qu'elle est inacceptable.

1er août : l'Allemagne déclare la guerre à la Russie, la France et le Royaume-Uni mobilisent

Le lendemain, 1er août, le gouvernement russe refuse d'arrêter sa mobilisation. L'Allemagne lui déclare la guerre. A 9 heures, le gouvernement français décrète la mobilisation générale. Au même moment, lors d'une réunion de cabinet, Churchill demande s'il faut mobiliser la flotte britannique ; le Premier ministre, Asquith, lui lance un regard appuyé et émet une sorte de grognement. Churchill interprète le grognement comme une approbation et mobilise.

2 août : l'ultimatum à la Belgique

Le 2 août,l'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique. La réponse tombe le soir même : "Le gouvernement belge en acceptant sacrifierait l'honneur de la nation en même temps qu'il trahirait ses devoirs vis-à-vis de l'Europe."

3 août : la paix est morte

Lundi 3 août, l'armée allemande attaque la Belgique, provoquant l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne. La paix est morte. Et le monde d'hier avec elle.

Laurent Joffrin – Le Nouvel Observateur

Le Monde.fr
Le Monde - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
Les premiers mois de la Grande Guerre : un massacre à marche forcée

 

La mémoire et l’imagerie traditionnelle de la Grande Guerre évoquent la boue glacée des tranchées, les milliers de « poilus » hachés par les obus et la mitraille dans un no man’s land désert strié de barbelés impénétrables, envoyés au massacre par des officiers inconscients des réalités de la guerre moderne.

Pourtant, du 3 août 1914 – jour de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France – au mois de novembre, c’est un tout autre conflit qui se joue en Belgique et dans le nord de la France : une guerre où l’on marche pendant des heures, où l’on souffre de la chaleur et de la soif, où l’on se bat dans les champs, les bois et les villages, une guerre bien plus meurtrière que la guerre de tranchées.

Le plus fort taux de perte de toute la guerre

Lorsque les soldats commenceront à creuser le sol, ce sera d’abord pour se protéger des balles de mitrailleuses et des obus. L’armée française dénombre plus de 320 000 morts, prisonniers ou disparus entre le 6 août et le 13 septembre 1914, le plus fort taux de perte de toute la guerre sur une durée si courte. Les officiers, qui marchent devant leurs hommes pour les entraîner au combat, sont proportionnellement plus nombreux à tomber. Cette terrible épreuve forgera les solidarités de groupes qui résisteront à quatre ans de guerre.

Les militaires de l’époque savent bien, loin de l’image d’Epinal de la guerre « fraîche et joyeuse » ou de l’ignorance qu’on leur prêtera par la suite, que les nouveaux armements – canons à tir rapide (le fameux 75 mm) et mitrailleuses – vont causer de lourdes pertes. Il est d’autant plus urgent, du point de vue des états-majors, de battre rapidement l’adversaire pour éviter la prolongation du conflit. D’où la ruée allemande sur la Belgique et la France, symétrique à la ruée française sur la Lorraine et l’Alsace.

Les Allemands mieux équipés

Mais si les deux armées combattent en première ligne à armes égales, les Allemands sont mieux équipés en canons lourds à longue portée, qui massacrent les colonnes françaises même loin du combat. Alors que l’offensive française s’embourbe très vite, les Allemands écrasent l’armée belge, puis repoussent le corps expéditionnaire britannique et la 5e armée française venus à leur rencontre, et marchent sur Paris.

Mais les Français ont tiré les leçons de la guerre de 1870-1871 : pas question de lier le sort du pays à celui de la capitale. Plutôt que d’y rester bloqué par un siège, le gouvernement la quitte pour Bordeaux pour poursuivre le combat même si Paris tombe : l’existence de la République est en jeu.

Puis, si le « miracle de la Marne » a lieu, du 5 au 12 septembre, c’est parce que, dans la plus pure tradition de la manœuvre napoléonienne « accélérée » par les moyens modernes, l’état-major français réunit assez d’informations (grâce à l’aviation d’observation) sur la marche de l’adversaire et concentre assez de troupes (grâce au chemin de fer) pour pouvoir détecter et attaquer son point faible, en l’occurrence le flanc de l’une de ses armées en marche

UN CONFLIT MODERNE

La bataille de la Marne suffit à enrayer le plan allemand. Les unités qui se font face d’Alsace à la Champagne creusent alors des fortifications continues pour se protéger des offensives adverses, selon des techniques qui n’ont rien de nouveau : tranchées continues et barbelés ont été utilisés pendant la guerre de Sécession américaine (1861-

1865) et la guerre russo-japonaise (1905).

Mais les deux armées tentent aussi de se déborder par l’Ouest : les Allemands veulent s’emparer des nœuds ferroviaires (Amiens, Arras) et des ports de la Manche (Dunkerque, Boulogne) qui acheminent renforts et ravitaillement ; les Alliés, eux, veulent éviter que les mines de charbon du Pas-de-Calais tombent aux mains de l’ennemi. Les deux camps échouent au cours des batailles sanglantes d’octobre et de novembre que l’on nommera après-coup « la course à la mer », car le résultat sera, de fait, de prolonger la ligne des tranchées de la Champagne à la mer du Nord.

Limogeages

Personne n’imagine, à ce moment, que ce front restera quasiment figé pendant près de quatre ans, jusqu’en mars 1918. L’armée française a été traumatisée par l’ampleur des pertes et l’invasion. Tirant les leçons des premières semaines, son chef, le général Joffre, « limoge » (la capitale du Limousin devient le nouveau lieu d’affectation de certains d’entre eux…) entre août et décembre 1914 plus de 160 de ses collègues jugés trop vieux ou incompétents, dont deux chefs d’armée sur six.

Si les tranchées creusées sont considérées du côté français comme « provisoires » en attendant la reprise de l’offensive libératrice, côté allemand, en revanche, elles sont destinées dès le début à conserver le terrain conquis et sont aménagées en conséquence. Toutes les tentatives alliées pour les franchir, à l’hiver 1914 et en 1915 en Artois et en Champagne, s’avèrent infructueuses, malgré d’intenses préparations d’artillerie censées les écraser. Dès le début de 1915, on comprend de part et d’autre qu’il faudra toujours plus de canons lourds et d’obus pour maintenir assez longtemps un feu roulant qui couvrira la progression de l’attaque de l’infanterie. La guerre de mouvement s’est transformée en guerre de siège et en guerre industrielle.

 

Le figaro.fr
lefigaro.fr - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
14-18: une commémoration franco-allemande inédite en Alsace

Il n'est pas d'usage de commémorer les déclarations de guerre: c'est pourtant ce que feront, ce dimanche, les présidents français et allemand, François Hollande et Joachim Gauck, en l'un des lieux les plus symboliques de la Première Guerre mondiale. Cent ans, jour pour jour, après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, les deux présidents se retrouveront sur le site du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin, est), rebaptisé le Vieil Armand par les poilus, pour un hommage commun et inédit aux combattants français et allemands de la Grande Guerre. Quelque 30.000 d'entre eux ont péri dans les combats furieux qui les opposèrent sur ce piton rocheux, la montagne «mangeuse d'hommes» qui domine de ses 956 mètres la plaine d'Alsace. La seule crypte du Monument national inauguré en 1932 au Hartmannswillerkopf renfermerait les cendres de 12.000 soldats inconnus, ennemis de leur vivant et unis dans la mort sur cette terre d'une Alsace autrefois si convoitée.

Dans leurs allocutions, François Hollande et son homologue allemand Joachim Gauck, autorité morale outre-Rhin, célébreront le sacrifice de ces hommes. Mais il célébreront tout autant, et peut-être plus encore, l'amitié franco-allemande et la construction d'une Europe de paix, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le 4 septembre 2013 déjà, les deux chefs d'Etats s'étaient recueillis, main dans la main, parcourant les ruines d'Oradour-sur-Glane, une commune du Limousin (centre), théâtre du plus abominable massacre nazi perpétré dans la France occupée. 642 de ses habitants avaient été massacrés par la division SS «Das Reich» le 10 juin 1944. Aucun dirigeant allemand ne s'était encore rendu à Oradour depuis lors.

Commémoration lundi à Liège

Au Hartmannswillerkopf, François Hollande et Joachim Gauck observeront le rituel des commémorations: cérémonie militaire, dépôt de gerbe, minute de silence, rencontre avec une centaine de jeunes français et allemands réunis par l'Office franco-allemand pour la jeunesse... Mais ils poseront aussi la première pierre d'un «historial» lui aussi très symbolique de la réconciliation franco-allemande puisque conçu par une équipe d'historiens binationale, une première. Ce musée devrait ouvrir ses portes au public en 2017.

Tout ceci «témoigne de la force de l'amitié entre les deux pays qui leur permet de regarder ensemble leur histoire commune, y compris dans ce qu'elle avait de plus dramatique», souligne-t-on à l'Elysée. Le symbole est d'autant plus fort, relève-t-on, que ce 3 août 1914 «avait ouvert une période de 30 ans de conflits, de rancunes, de massacres et de barbarie entre la France et l'Allemagne». Sur une note plus légère, François Hollande et Joachim Gauck déjeuneront ensuite à la ferme-auberge du Molkenrain, fixée sur la pellicule de François Truffaut dans son film Jules et Jim. Mais les deux présidents n'en n'auront pas fini avec les commémorations. Ils se retrouveront dès lundi à Liège avec une dizaine d'autres dirigeants pour commémorer le centenaire de l'invasion du Royaume de Belgique par les troupes du Reich, le 4 août 1914. François Hollande assistera pour sa part à deux cérémonies, l'une, internationale, dans la matinée, au Monument interallié de Cointe, la 

première pierre d'un «historial» lui aussi très symbolique de la réconciliation franco-allemande puisque conçu par une équipe d'historiens binationale, une première. Ce musée devrait ouvrir ses portes au public en 2017.

Tout ceci «témoigne de la force de l'amitié entre les deux pays qui leur permet de regarder ensemble leur histoire commune, y compris dans ce qu'elle avait de plus dramatique», souligne-t-on à l'Elysée. Le symbole est d'autant plus fort, relève-t-on, que ce 3 août 1914 «avait ouvert une période de 30 ans de conflits, de rancunes, de massacres et de barbarie entre la France et l'Allemagne». Sur une note plus légère, François Hollande et Joachim Gauck déjeuneront ensuite à la ferme-auberge du Molkenrain, fixée sur la pellicule de François Truffaut dans son film Jules et Jim. Mais les deux présidents n'en n'auront pas fini avec les commémorations. Ils se retrouveront dès lundi à Liège avec une dizaine d'autres dirigeants pour commémorer le centenaire de l'invasion du Royaume de Belgique par les troupes du Reich, le 4 août 1914. François Hollande assistera pour sa part à deux cérémonies, l'une, internationale, dans la matinée, au Monument interallié de Cointe, la seconde, franco-belge, à l'Hôtel de ville de Liège.

 

AFP - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
14-18: accolade de MM. Gauck et Hollande pour célébrer l'amitié franco-allemande

Les présidents français et allemand, François Hollande et Joachim Gauck, se sont donné dimanche une longue accolade pour célébrer l'amitié entre leurs deux pays, lors des cérémonies dans le Haut-Rhin pour le centenaire du début de la Première Guerre mondiale.

Dans une allocution, François Hollande a ensuite invoqué la réconciliation entre la France et Allemagne pour appeler "plus que jamais" à un cessez-le-feu à Gaza.

"Tous nos efforts doivent être tendus pour imposer, aujourd'hui plus que jamais, le cessez-le feu à Gaza et en finir avec les souffrances des populations civiles", a-t-il affirmé.

"A ceux qui désespèrent du processus de paix au Proche-Orient, quel plus beau message pouvons nous délivrer que celui d'aujourd'hui?", a poursuivi le chef de l'Etat. L'histoire de la France et de l'Allemagne démontre, a-t-il dit, "que la volonté peut toujours triompher de la fatalité et que des peuples qui ont été regardés comme des ennemis héréditaires peuvent en quelques années se réconcilier".

Arrivés sur le site du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin) avant 10H00, MM. Hollande et Gauck ont d'abord remonté côte à côte la "tranchée d'honneur" menant à la crypte du monument, encadrée par une soixantaine de porte-drapeaux, anciens combattants du Haut-Rhin.

Après une brève présentation des lieux, ils ont signé une déclaration commune à l'occasion de la pose de la première pierre de l'historial franco-allemand du Hartmannswillerkopf, "première institution binationale consacrée à la Grande Guerre", qui doit ouvrir ses portes en 2017.

"Les terribles combats qui l'ont ravagé (...) ont fait du Hartmannswillerkopf un lieu sacré où s'entretient le souvenir des déchirements du XXe siècle. Par la construction de ce musée unique en son genre, il sera aussi désormais un emblème de l'amitié entre la France et l'Allemagne et un symbole de leur mémoire réconciliée", souligne la déclaration. Le texte sera ensuite scellé dans un cylindre disposé dans la première pierre du musée.

Les deux présidents se sont ensuite recueillis dans la crypte du monument, devant le bouclier de bronze sous lequel seraient enterrées les cendres de quelque 12.000 soldats français et allemands.

Serrés l'un contre l'autre, ils se sont donné une longue et chaleureuse accolade sous les objectifs des caméras et des photographes.

Cent ans jour pour jour après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, MM. Hollande et Gauck ont également célébré dans leurs allocutions le sacrifice des milliers d'hommes des deux pays qui furent tués lors des combats qui les opposèrent sur ce piton rocheux. Mais aussi la construction d'une Europe de paix, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

 

Le Nouvel Observateur avec AFP
tempsreel.nouvelobs.com - ‎dimanche‎ ‎3‎ ‎août‎ ‎2014
L'amitié franco-allemande, "un exemple pour le monde"

Cent ans après le début de la Grand guerre, le président rappelle que "des peuples qui ont été regardés comme des ennemis héréditaires peuvent en quelques années se réconcilier".

Un siècle après le début de la Grande Guerre, François Hollande a fait dimanche 3 août de la réconciliation et de l'amitié franco-allemande "un exemple pour le monde" et tout particulièrement le Proche-Orient, appelant "plus que jamais" à un cessez-le-feu à Gaza.

Cent ans jour pour jour après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, le chef de l'Etat français et son homologue allemand Joachim Gauck commémoraient sur le site du Hartmannswillerkopf, en Alsace, le sacrifice des soldats de la guerre de 14-18.

En ce lieu rebaptisé le Vieil Armand par les poilus puis la montagne "mangeuse d'hommes", quelque 30.000 d'entre eux ont péri dans des combats furieux pour le contrôle d'un piton rocheux qui domine de ses 956 mètres la plaine d'Alsace.

Comme ils l'avaient fait un an plus tôt à Oradour-sur-Glane, bourgade martyre du Limousin dont une grande partie de la population a été massacrée par les SS en juin 1944, les deux présidents se sont pris ostensiblement et à plusieurs reprises la main au cours des cérémonies.

"Regardés comme des ennemis héréditaires"

Dans la crypte du Monument national érigé en 1932 au Hartmannswillerkopf, ils se sont aussi donné une longue et chaleureuse accolade après s'être recueillis quelques instants devant l'immense bouclier de bronze sous lequel reposeraient quelque 12.000 soldats inconnus français et allemands, mêlés dans la mort.

"L'histoire de la France et de l'Allemagne démontre que la volonté peut toujours triompher de la fatalité et que des peuples qui ont été regardés comme des ennemis héréditaires peuvent en quelques années se réconcilier", a lancé le chef de l'Etat français dans un "message" à ceux qui désespèrent du processus de paix au Proche-Orient.

"Tous nos efforts doivent être tendus pour imposer, aujourd'hui plus que jamais, le cessez-le feu à Gaza et en finir avec les souffrances des populations civiles", a souligné François Hollande.

L'Europe "n'a pas apporté la prospérité attendue"

L'amitié entre la France et l'Allemagne qui ont eu "l'audace de se réconcilier" est "un exemple pour le monde, une force et une invitation, partout où la paix est menacée, partout où les droits de l'Homme sont bafoués, partout où les principes du droit international sont floués", a-t-il encore fait valoir évoquant aussi l'Ukraine, les chrétiens d'Irak ou les femmes au Nigeria.

Tout comme Joachim Gauck, François Hollande s'est livré à un vibrant éloge de "l'aventure exceptionnelle" de la construction européenne "parvenue à vaincre la guerre" et à "réunifier le continent dans la démocratie".

Cela étant, a-t-il déploré, cette Europe est "apparue démunie face aux crises" et "n'a pas apporté la prospérité attendue", se contentant selon lui de devenir "une évidence et non plus un idéal". Pour renouer avec cet idéal, François Hollande a une nouvelle fois 

appelé l'Europe à "ouvrir une perspective de croissance, d'emploi, de solidarité mais également de culture, d'éducation et de savoir". Et pour y parvenir, a-t-il enchaîné, "beaucoup dépendra de l'amitié entre la France et l'Allemagne"

"C'est vrai: l'Europe est un projet difficile", a abondé le président allemand, considéré comme une autorité morale dans son pays. Mais "l'Europe communautaire et la construction européenne ne sont pas des caprices de l'histoire, ce sont les traductions institutionnelles des leçons de l'histoire, une assurance contre les errements et les tentations" nationalistes ou populistes.

La première pierre d'un "historial"

Au Hartmannswillerkopf, François Hollande et Joachim Gauck ont observé le rituel des commémorations : cérémonie militaire, dépôt de gerbe, minute de silence, rencontre avec une centaine de jeunes Français et Allemands réunis par l'Office franco-allemand pour la jeunesse...

Mais ils ont déposé aussi la première pierre d'un "historial" très symbolique également de la réconciliation franco-allemande, puisque conçu par une équipe d'historiens binationale, une première.

Ce musée "unique en son genre, [...] emblème de l'amitié entre la France et l'Allemagne" sera un "symbole de leur mémoire réconciliée", ont-ils souligné dans une déclaration commune.

Sur une note plus légère, les deux présidents ont déjeuné ensuite à la ferme-auberge du Molkenrain, fixée sur la pellicule de François Truffaut dans son film "Jules et Jim".

Mais ils n'en n'auront pas fini pour autant avec les commémorations, attendus dès lundi en Belgique pour celles du centenaire de l'invasion du Royaume par les troupes du Reich, le 4 août 1914.

 

Le Parisien - ‎lundi‎ ‎4‎ ‎août‎ ‎2014
14-18 : François Hollande à Liège pour les commémorations
Les cérémonies du centenaire de la Grande Gurerre se poursuit en Europe. Dimanche, cent ans après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France, François Hollande et Joachim Gauck, se sont retrouvés sur le site alsacien du Hartmannswillerkopf (Haut-Rhin). Et ce lundi, c'est au tour de Liège de commémorer le 100e anniversaire de l'invasion de la Belgique par les troupes allemandes en violation de la neutralité du royaume, un acte qui a précipité la grande guerre devenue mondiale par le jeu des alliances.

La ville a été placée en état de siège pour assurer la sécurité des 12 chefs d'Etat attendus, dont le roi Felipe VI d'Espagne, les présidents français et allemand, François Hollande et Joachim Gauck, et le prince William, représentant du Royaume Uni, accompagné de son épouse Kate. L'Autriche, l'Arménie, l'Irlande, la Serbie, le Montenegro, la Roumanie, la Bulgarie et l'Albanie seront également représentés par leurs présidents. Quatre-vingt trois pays engagés dans la Grande Guerre ont été invités pour cette commémoration par le roi des Belges.

«Un événement avec un tel niveau de sécurité, c'est une première», a reconnu le maire de Liège Willy Demeyer.

Six cent cinquante policiers ont été déployés pour assurer les sites des cérémonies et les parcours empruntés par les cortèges. Des tireurs d'élite seront postés et deux hélicoptères veilleront dans le ciel. Une voiture espion a également été envoyée à Liège pour contrôler les immatriculations des véhicules.

Les habitants interdits de cérémonie

L'envers de cette sécurité est une énorme frustration pour les habitants. Ils ont été interdits de cérémonie et les riverains ont été fermement priés de rester à l'intérieur de leurs maisons, fenêtres fermées. «Certaines délégations exigent un niveau de sécurité très élevé et il vaut mieux éviter de provoquer leur susceptibilité», a expliqué le commandant Stephane Pelet, chargé de la direction des opérations.

Les cérémonies débuteront en fin de matinée au mémorial interallié de Cointe, symbole de la reconnaissance des alliés à la ville.

Le roi des Belges Philippe prononcera l'allocution d'ouverture. Le président Hollande, le président Gauck et le prince William prendront ensuite la parole. Les délégations se rendront ensuite au Palais provincial pour un déjeuner. Le roi des Belges et son épouse Mathilde effectueront tous leurs déplacements en voiture et aucun contact avec la population n'est prévu. Les itinéraires empruntés par les cortèges ont été sécurisés depuis le week-end et tous les véhicules ont été enlevés.

Une seconde cérémonie, franco-belge, est ensuite prévue pour commémorer la Légion d'Honneur française, octroyée à la ville de Liège le 7 août 1914, trois jours seulement après l'invasion du territoire belge par les troupes allemandes.

William et Kate au cimetière militaire de Saint-Symphorien

Le prince William et son épouse auront pour leur part pris le chemin de Mons, à 136 kilomètres de Liège, pour une cérémonie dans le petit cimetière militaire de Saint-Symphorien. Ils retrouveront le Premier ministre David Cameron et le prince Harry. C'est dans ce cimetière que reposent le premier soldat britannique tué durant la grande Guerre et le dernier, tué le 11 novembre 1918, jour de l'armistice qui a mis un terme aux hostilités.

L'invasion de la Belgique le 4 août 1914 a déclenché les hostilités de la Première guerre mondiale. L'Allemagne a en effet violé la neutralité du petit Royaume pour prendre en tenaille les forces françaises et cet acte a été immédiatement suivi par l'entrée en guerre du Royaume-Uni. Les garnisons et forts qui ceinturent Liège vont résister pendant plusieurs jours aux assauts de l'artillerie allemande, qui fera notamment usage pour la première fois de ses canons de 420 mm, les célèbres «Grosse Bertha».

La ville tombe le 16 août, mais sa résistance inattendue a retardé de quelques jours l'avancée d'une partie des forces allemandes, fournissant un petit répit précieux aux alliés français et britanniques. Les forces allemandes se vengeront de cette résistance par des exactions qui coûteront la vie à quelque 6 500 civils et choqueront le monde occidental.
Le Monde.fr
Le Monde - ‎lundi‎ ‎4‎ ‎août‎ ‎2014
A Liège, les chefs d'Etat célèbrent de façon politique le centenaire du début de la Grande Guerre

Rassemblés lundi 4 août à Liège, en Belgique, pour commémorer la première guerre mondiale, précipitée il y a cent ans par l'invasion de la Belgique par les troupes allemandes, les dirigeants européens ont beaucoup fait allusion à la situation actuelle de l'Europe. Comme dimanche, lors de la célébration du centenaire de la déclaration de la première guerre mondiale, François Hollande a rappelé le rôle historique de l'Europe en évoquant l'Ukraine, «où un avion civil a été abattu», «les massacres de populations civiles» en Syrie et en Irak et le drame de Gaza:

Les allusions à l'Ukraine

Quatre-vingt-trois pays engagés dans la Grande Guerre ont été invités pour cette commémoration placée sous le signe de la sobriété. Une douzaine étaient représentés par leurs présidents ou leur chef d'Etat, qui ont pris la parole à tour de rôle. Philippe, roi des Belges, a rappelé le chemin parcouru par l'Europe :

Mais de nombreux dirigeants ont surtout fait allusion à à l'Est. «Les événements en Ukraine nous rappellent que l'instabilité continue de se propager sur notre continent», a déclaré le prince William, représentant du Royaume-Uni et des pays du Commonwealth engagés dans ce conflit meurtrier.

Le président allemand, Joachim Gauck, a sobrement appelé à «tirer les leçons amères et terribles» du passé: «Aujourd'hui, en Europe, la loi du plus fort à laissé la place à la force de la loi.

 

 

Le Nouvel Observateur
tempsreel.nouvelobs.com - ‎lundi‎ ‎4‎ ‎août‎ ‎2014
Un poilu : "Ça y est mon vieux, nous partons à la mort"

Un poilu anonyme livre son récit de guerre de l'année 1914. Des cranes fracassés, des cadavres, et la blessure de notre narrateur : " Je sens du sang qui coule dans le dos".

Episode 3 - Voici le petit jour, gare. En effet, c'est dur, les Boches attaquent, repoussés, puis c'est la fusillade. Celui qui se lève, flan, une balle dans la poitrine ou dans la tête. Un par un, les copains sont étendus. C’est triste, moi je tire comme la veille. Je vise un poteau blanc et chaque fois que je vois une tête, flan je lâche mon coup de fusil, vivement, car aussitôt couché j’entends des balles qui sifflent.

Deffontaines est toujours auprès de moi. De temps en temps, on boit un peu de rhum, ça nous donne des forces. Un copain tombe tué d’une balle dans la tête, puis un autre, encore un autre. Nous sommes mitraillés de partout. L’artillerie tire sur nous. Des cranes fracassés. Quelle boucherie, il faut partir.

Nous allons derrière un mont et là, nous voyons des rangs de cadavres de nos copains. J’en avais la larme à l’œil, mais on se remet bien vite puisque nous viendrons peut être prendre place à côté d’eux d’ici peu.

Toujours sous les balles et les obus, nous remontons le bois et nous restons sur la crête. Des autres ont été prendre place sur la voie et le combat continue. Nous mangeons, puis tout à coup nous voyons notre lieutenant qui s’était surement mis à l’abri. Le colonel nous demande pourquoi nous avons quitté la voie ferrée. Le caporal Deffontaines lui répond franchement :

"Mon colonel depuis ce matin nous étions sans gradés, à présent ils se font voir".

Nous recevons des balles en veux-tu en voilà

Voyant qu’il allait de trop, le colonel lui fait signe de se taire. "Bien", qu’il dit, puis il parle au lieutenant qui fait de grands yeux au caporal. De temps en temps, nous tirons sur les Boches, qui ne cessent pas de vouloir passer. Je prends un bidon d’eau à un tué pour mélanger avec notre vin. Par bonheur, on nous donne du pain, puis vient une accalmie.

Nous en profitons pour dormir, mais un gendarme siffle – nous sommes le 17 septembre 1914. Quel réveil. Vite, vite debout, le lieutenant se sauve, on le suit, mais le colonel du 36e d’infanterie lui met le revolver à la tête et lui commande de charger à la baïonnette. Je dis :

Cette fois, ça y’est mon vieux Deffontaines, nous partons à la mort".

Nous recevons des balles en veux-tu en voilà, sans savoir d’où elles viennent. Le clairon sonne et malgré les balles, nous partons. Les hommes tombent. Nous marchons quand même. Pensant nous voir tomber, mais non, nous arrivons à une crête. Impossible d’avancer, les 

balles et les obus tombent tellement dru.

On se couche, on fait un petit trou, et nous tirons devant nous. Je prends leur maison au bout du champ d’aviation comme point de mire. Je tire dans les fenêtres pensant que les mitrailleuses sont là. Les obus nous font des victimes. Les Boches tirent à balles dedans, nous les entendons éclater sitôt qu’elles touchent une branche.

Je sens du sang qui coule dans le dos

Un maréchal des logis – un brave – commande de derrière, debout, la pipe à la bouche. Un capitaine nous encourage, pendant ce temps le caporal et moi nous tirons toujours. Nous n’avons presque plus de cartouches. Il est l’heure, nous blaguons un peu. On voit une compagnie du 127e avancer en tirailleur sur le flanc, malgré le feu des mitrailleuses boches, j’étais curieux de voir ces braves.

"Comment va finir cela", je me dis. Deux heures, flan, je reçois quelque chose de formidable dans le dos, je tombe à la renverse, mon sac est en marmelade. Je dis à Deffontaines de regarder ce que j’ai. "Tu as un grand trou à ta capote". Alors je suis blessé.

Je sens du sang qui coule dans le dos. Je me débarrasse de ce que je peux. Je serre la main à Deffontaines et je me sauve. Dans le fond, j’étais content, je me disais pour moi la guerre est finie (hélas). Je ne m’occupe pas des obus, je coure, je rencontre le lieutenant caché derrière un talus, je lui dis que je suis blessé, je descends sur la berge du canal, flan, un obus. Je lui demande de bien vouloir me conduire en arrière, il me conduit mais je perds mes forces.

Le pauvre garçon, trois à quatre jours après, il était tué

Le sang coule par mon pantalon, mon bras droit ne bouge plus. On demande à des infirmiers de me faire un pansement, mais comme les obus tombent toujours, ils refusent. Plus je marche, plus je faiblis. Il faut aller doucement. Nous arrivons au poste de secours du 84e. Je demande que l’on me soigne. Voyant que j’étais du 43e, rien à faire.

Bailleul doit me quitter, il ne peut aller plus loin. Il doit reprendre son poste et moi, je dois aller jusqu’à Reims. Mais un de ma compagnie, l’huissier, qui avait un doigt enlevé, veut bien me soutenir jusque-là. Je vois Deffontaines qui avait reçu l’ordre de se rendre à Berry-au-Bac. Il vient à moi et me demande comment ça va. Je lui dis que je souffre. "Oui, c’est vrai, me dit-il, mais tu auras la vie sauve tandis que moi, je ne sais encore ce que j’aurai." Il me donne 5 francs et c’est avec peine que l’on se quitte. Le pauvre garçon, trois à quatre jours après, il était tué.

Par bonheur, un homme de Reims me prend sur son dos et nous arrivons à Reims à 7 heures du soir après avoir fait 6 kilomètres en cinq heures. Il fallut aller chercher une ambulance. Nous en avons trouvé une derrière la cathédrale nous rentrons de suite. On s’occupe de moi, une dame me déshabille pendant que ce Monsieur, qui m’avait porté, me lave les pieds qui sont comme du charbon, ainsi que mes mains.

L’obus a éclaté de suite en faisant gerbe

La dame fait une grimace, elle me retire un éclat gros comme le pouce, me met de la teinture d’iode, puis elle me couche. Pensez si j’étais heureux de coucher sur un matelas à terre et des draps, je ne pensais pas à ma blessure de la nuit. Je ne dors pas. Je ne peux même pas me coucher, il faut que je reste assis. Mon voisin a une balle dans la cuisse. Nous faisons connaissance, je suis content quand je vois le jour. Une gentille demoiselle vient nous inscrire et parle un peu avec nous, cela nous semble bon.

J’étais en colère après moi, c’était la fièvre sans doute. Quelques obus arrivent de temps en temps avec un bruit formidable. L’infirmier nous dit que c’est terrible. Au même moment, un obus éclate dans la cour, puis comme c’est toujours par deux qu’ils les tirent. Je me dis "gare, l’autre c’est pour nous".

Au même moment, flan un obus éclate sur la maison, dans le milieu de notre salle. Par bonheur pour nous, les carrelages sont solides. L’obus a éclaté de suite en faisant gerbe et comme nous étions tous autour de la salle par terre, pas un fut touché, sauf l’infirmière, tuée. La maison croule en feu, nous ne pouvons plus respirer. Du plâtre, des briques tombent sur nous. J’oublie que je suis blessé, je passe sur les autres. Enfin je trouve la porte, il était temps que je l’ouvre, nous aurions été asphyxiés.

Je cours en chemise dans la rue. Une sœur me prends dans ses bras et me conduit dans la cave où c’est déjà plein de blessés. Tous étaient sous la peur. Il y en avaient qui se mourraient. On me 

mit sur un lit, à côté d’un autre. Là, je vois arriver mon voisin du haut qui était tout blanc de plâtre. Je me mets à rire en le voyant. Mais il me dit: "tu es comme moi", et nous rions tout deux sans savoir. Nous restons là jusqu’à 6 heures sur soir, on nous donne des habits et une voiture vient nous prendre.

On m’a extrait sept éclats d’obus de toutes grosseurs

Vers 4 heures, je sens ma blessure qui me démange à ne plus savoir résister et le major avait fait dire que ce serait le lendemain qu’il y aurait une visite. Je demande à une dame, Madame Audoir, de bien vouloir me défaire ce pansement. "Je ne peux pas", me dit-elle. Mais voyant que je souffrais tant, elle se décide avec une de ses compagnes. Quand la blessure est à nu, elles crient et de suite courent chercher le major.

Je me doutais bien de l’affaire mais malgré ça, j’avais espoir. Le Major me regarde et il dit : "Allez vite chercher mes outils". J’ai su plus tard que ma blessure était affreuse : j’avais un trou large pouvant passer mes deux poings et la gangrène superficielle. Le Major m’a enlevé la première peau pour enlever la gangrène et m’a lavé la plaie. Cela me faisait du bien et, une fois le pansement fait, j’étais mieux. Le major me dit que j’étais le plus grand blessé du convoi, qu’il fallait que j’aille à l’hôpital.

Puis tous les jours au matin, c’était l’heure du pansement. J’en avais peur, tellement ça me faisait mal. Le major bien souvent, sondait ma plaie. Je faisais de grands cris. Sur un mois de temps, on m’a extrait sept éclats d’obus de toutes grosseurs. Un jour un, un autre jour deux. Une fois, le major, après m’avoir sondé, me demande si je veux être endormi. Il va me faire mal. Je réponds que non, que je suis trop faible et que j’ai peur de ne plus me réveiller :

"Faites ce que vous avez à faire et ne vous occupez pas si je crie".

Il me met sur une chaise et commence. Il sort un éclat, puis un deuxième, je n’en pouvais plus. Il en sort un troisième, il était temps, j’allais perdre connaissance. On me donne un petit verre, et c’est à moitié mort que l’on me remet au lit. J’ai tellement crié que l’on m’a entendu dans les rues. Pendant un mois, je fus entre la vie et la mort. C'est une lettre de ma femme et de mes parents qui m’a sauvé la vie.

 

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Amandine Schmitt
tempsreel.nouvelobs.com - ‎jeudi‎ ‎7‎ ‎août‎ ‎2014
Commémoration 14-18 : ces Poilus qui revivent grâce à Twitter

"Chers parents, j’ai rejoint sans incident mon corps d’affectation" : voici comment Albert B. débute son histoire le 2 août 1914. Mobilisé dans le 25e bataillon des chasseurs cyclistes, cet Angevin de 24 ans envoie des nouvelles du front à ses parents et à sa soeur Marie-Louise. Ses pérégrinations sont à lire sur le compte Twitter @Albert100ans, 100 ans après jour pour jour. Conteuse, Sylvie a choisi de publier les écrits de ce jeune homme sur le réseau social, en proposant pour chaque message une version manuscrite (scannée) et une version dactylographiée.

Lors de ses premiers jours, Albert B. écrit ainsi que "tout est très calme et tous partent contents de f... une tripotée aux Allemands" mais aussi que "ce qui est pénible à constater c’est que rien n’était bien préparé. [...] J’ai pu à grande peine recevoir 50 cartouches". Il n’oublie pas de dédier le combat à Dieu, au Tsar et à la Patrie : à l’époque, l’allié russe est considérée comme la puissance qui fera basculer le conflit.

Contactée par "Le Nouvel Observateur", Sylvie explique que la famille d’Albert lui a confié ses missives, "avec la volonté de faire connaître son parcours". "Je leur ai alors proposé de les tweeter, détaille-t-elle. "Il m’a semblé intéressant de rendre compte quotidiennement de l’activité d’un poilu, comme si c’étaient les utilisateurs de Twitter qui recevaient ces lettres."

A quoi peuvent s’attendre les presque 2.000 abonnés au compte d’Albert ? "Chargé d’approvisionnement, donc en retrait, Albert est souvent choqué par les atrocités qu’il voit, les massacres sur les civils, ses camarades qui tombent au combat, ceux qui meurent dans ses bras", décrit Sylvie.

"Il s’interroge aussi sur l’avancée de la guerre, il se demande pourquoi les troupes françaises ne sont pas déjà à Berlin. Et puis, il décrit la monotonie de la guerre, il parle de la pluie, de la boue, demande du linge et de l’argent à sa famille. "Il est assez lettré, il va même écrire une ode à son sac ou un poème philosophique sur le fait de garder le moral."

La durée du projet est gardée secrète, mais il s’étalera sur plusieurs années. Sylvie va laisser de côté quelques lettres parce que "trop personnelles" ou "redondantes". "Comme il n’était pas sûr que le courrier arrive, Albert écrit parfois trois jours de suite les mêmes lettres, au mot près", indique-t-elle.

Censure 

Impossible de suivre @Albert100ans sans s’intéresser à @Albert_WW1. Sur ce compte parallèle, Sylvie livre des éléments de contexte pour mieux comprendre l’époque d’Albert, décortiquant les mots d’argot ou mettant en relief les événements contemporains.

"Très rapidement, les soldats vont être soumis à la censure par l’état-major, raconte-t-elle. Ils doivent taire les lieux où ils se trouvent et ne donner aucune information de l’avancée de leur mission. C’est pour cette raison qu’Albert va écrire des lettres un peu ennuyeuses pendant quelques mois, avant de lâcher du lest et de dire ce qu’il a sur le coeur. J’ai, pour ma part, recoupé toutes les informations présentes dans les lettres avec les journaux des marches et opérations. Sur @Albert_WWI, je peux donc préciser de 

quel événement, bataille, lieu il parle, afin que les gens puissent mieux comprendre son histoire et sa progression".

Avant de préciser : "je peux aussi répondre aux questions et faire la promotion d’autres poilus". Car Albert n’est pas le seul à squatter le réseau social.

De nombreux journaux de guerre sur Twitter

@PoloS111 publie le journal du régiment de son grand-père. Jean François Borrat-Michaud, né le 26 juin 1894, raconte son parcours sur @jfbm1418. Le journal de guerre de l’écrivain Maurice Bedel, prix Goncourt en 1927, est live-tweeté sur @Bedel2014. L’illustrateur Aranthelle met en images les mots de @Marcel_Eteve. Quant à @germainebertin, 16 ans, elle écrit à Lucien, son amoureux.

@uneguerre1418 fait découvrir le journal de bord de René Vincent. Tenu conjointement par son petit-fils Hugues Vincent et son arrière-petit-fils Rémi Vincent, le compte Twitter et le blog associé reprennent le carnet de bord de René Vincent, ainsi que des documents complémentaires, des photos, des cartes postales, des journaux de sa (future) compagne. "Mon père est très porté sur la généalogie et passionné par la petite histoire de la famille", confesse Rémi Vincent. "C’est pour ça que j’ai choisi d’appeler le projet 'une guerre' : il n'est pas confronté à la boucherie de la première ligne."

"Officier adjoint de la 5e section de munitions hippomobile du 32e régiment d’artillerie, René Vincent s’occupe des chevaux et de l’approvisionnement, il n’est pas sur le front", détaille Rémi Vincent.

Plusieurs acteurs de 14-18 allemands et britanniques livrent aussi leur version sur le réseau social.

Pédagogie 

Les particuliers ne sont pas les premiers à s’emparer des réseaux sociaux pour faire revivre la guerre. Imaginé par le musée de la Grande Guerre de Meaux (Seine-et-Marne) et l’agence DDB Paris, le personnage fictif Léon Vivien racontait son quotidien au front sur Facebook du 10 avril au 22 mai 2013, jour où il tombait au combat. Le principe avait été repris peu de temps après par le Mémorial du Caen qui imaginait le ressenti de Louis Castel, un GI présent au débarquement en Normandie du 6 juin 1944.

"Des professeurs d’histoire, des CDI de collèges se sont abonnés au compte d’@Albert100ans, note Sylvie. Cela me ferait plaisir que des élèves puissent le lire et aient une autre vision, celle du soldat, plutôt que celle plus détachée de la leçon d’histoire. Certains propos d’Albert, assez légers, peuvent attirer les jeunes : dans une de ses lettres, il écrit par exemple qu’il va rapporter un casque à pointe à sa soeur pour qu’elle s’en fasse un pot de chambre !"

Un projet pédagogique, c’est pile l’objectif de @FredericB_1418. Yann Bouvier, enseignant d’histoire-géographie dans la région toulousaine, compte laisser des collégiens gérer le fil. Après s’être vu confier les carnets de Frédéric B., il a l’intention de créer un atelier hebdomadaire dans lequel des élèves de 3ème travailleraient sur la mémoire de ce combattant. 

"Les élèves sont friands de Twitter : il s’agit donc d’un vecteur capable de les motiver davantage à s’inscrire dans les commémorations du Centenaire", résume Yann Bouvier au "Nouvel Observateur". "Les réseaux sociaux sont à même d'offrir une caisse de résonance non négligeable à ce projet, comme aux autres, et donc de mieux contribuer à faire revivre la mémoire de ces poilus, de ces individualités depuis longtemps retombées dans l'oubli au profit d'une histoire des masses", ajoute-t-il.

Twitter, une façon pour les jeunes de mieux s’identifier à ces gens tout aussi jeunes envoyés au combat il y a 100 ans ? Cela ne fait aucun doute pour Yann Bouvier : "Il serait légitime de penser que si le conflit avait lieu en 1914, les poilus feraient part de leur vécu non dans des carnets intimes ou des lettres, mais via les réseaux sociaux".

 

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Des bêtes et des hommes dans la guerre

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14-18. Retrouvez la trace de vos aïeux prisonniers

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14-18. Guerre sous-marine au large de la Bretagne

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14-18. Le jazz a gagné la guerre 

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AFP - ‎vendredi‎ ‎22‎ ‎août‎ ‎2014
22 août 1914 : le jour le plus meurtrier de l'histoire de l'armée française

Avec 27.000 soldats français tués par la mitraille allemande, le 22 août 1914 fut la journée la plus sanglante de l'histoire de France. Moins de trois semaines après le début du conflit, cette hécatombe balaie les illusions d'une supériorité française sur l'envahisseur allemand.

27.000 morts sur 400 km de front, de la Belgique à la Lorraine, et pratiquement aucune trace dans la mémoire collective. Une tragédie "oubliée", pour occulter les graves lacunes de l'état-major français et une stratégie offensive irresponsable qui poussa les hommes à l'abattoir.

Durant les cinq journées tragiques du 20 au 25 août au cours desquelles se joue "la bataille des frontières" perdue par la France, 40.000 soldats français perdront la vie, déchiquetés par la mitraille de l'artillerie ennemie, selon les estimations établies à partir des soldats manquant à l'appel. Mais le 22 août fut à ce point sanglant qu'avec une dizaine de milliers de morts côté allemand, l'état-major du Kaiser se demanda en fin de journée s'il était bien vainqueur, tant les pertes paraissaient incroyables.

27.000 morts et disparus en un seul jour, dont environ 7.000 pour la seule bataille qui se déroula autour du village belge de Rossignol: c'est autant de soldats français tués en un jour que durant toute la guerre d'Algérie de 1954 à 1962.

Et sept fois plus que tous les morts alliés du "Jour-J", le débarquement en Normandie le 6 juin 1944.

Un siècle plus tôt, 6.800 soldats français et autant d'Allemands étaient tombés en juin 1815 à Waterloo, jusqu'alors l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire de France.

Un désastre passé aux oubliettes

Des chiffres sans commune mesure avec les quelques dizaines de morts quotidiens que peuvent parfois déplorer aujourd'hui, dans le pire des cas, les armées occidentales en opérations extérieures de longue durée .

Il y a plusieurs explications à ce désastre passé aux oubliettes de l'histoire, selon l'historien Jean-Michel Steg, auteur d'un livre sur le sujet ("Le jour le plus meurtrier de l'histoire de France", Fayard). Au premier rang desquelles la 

doctrine de l'"offensive à outrance" défendue par l'état-major, "une manière française de faire la guerre" qui conduisit à la catastrophe.

"On attaquera l'ennemi partout où on le rencontrera": c'est avec cette formule aussi vague qu'inefficace que le général Joffre, commandant en chef des armées françaises, ordonne l'offensive le 14 août. C'est oublier que les progrès technologiques considérables dans le domaine de l'armement ont multiplié la capacité de destruction des armées, favorisant la défense contre l'attaque.

Les soldats français qui chargent à la baïonnette le 22 août au matin sont décimés par les mitrailleurs allemands en position défensive. Et les officiers sommés d'affronter l'ennemi "corps redressé", sans chercher à s'abriter, pour donner l'exemple, sont les plus touchés.

 Pourquoi tant de morts?

"Pourquoi tant de morts ?", s'interroge Jean-Michel Steg. Jamais dans l'histoire autant de soldats français - entre 400.000 et 600.000 - ne furent exposés en même temps au feu ennemi que ce 22 août. Durant les premières semaines de la guerre, les soldats combattent par ailleurs à découvert, dans une guerre de mouvement: ils n'ont pas encore commencé à s'enterrer, pour se protéger des mitrailleuses et de l'artillerie, dans les fameuses tranchées qui symbolisent le premier conflit mondial.

Circonstance aggravante, rien n'est prêt pour faire face à des pertes massives. Le Service de santé des armées ne sera créé qu'en 1915, et beaucoup de blessés vont succomber faute de soins appropriés.

"Plus généralement, écrit Steg, l'armée française subit en août 1914 de lourdes pertes parce qu'elle ne cherche pas particulièrement à les minimiser". L'état-major croit en effet à une guerre rapide et violente, et ne se préoccupe guère d'épargner les vies.

Pour expliquer le désastre, l'historien britannique Anthony Clayton pointe également "les faiblesses de l'organisation française", avec des généraux âgés, souvent incompétents, et des renseignements insuffisants qui ne permettent pas de repérer les positions ennemies.

Retraite interdite

Les instructions d'offensive à outrance reçues du haut état-major avant le combat feront aussi qu'aucun officier n'osera organiser une retraite face à l'hécatombe qui désorganise les lignes françaises, ce qui était pourtant la seule solution pour limiter les dégâts.

Le corps du général Raffenel, qui commandait à Rossignol, sera retrouvé le lendemain du 22 août, sans que l'on sache s'il s'est suicidé où s'il est mort au combat.

Pourquoi un tel désastre, qui n'a été que récemment réexploré par les historiens, a-t-il laissé si peu de traces dans la mémoire nationale? Le souvenir du "miracle de la Marne", la victoire française qui stoppera l'offensive allemande en septembre 1914, a occulté la sanglante défaite du mois précédent.

Rares seront également les témoins directs du carnage pour en entretenir le souvenir. Les soldats d'août 1914 devront encore risquer leur vie pendant les 50 mois suivants et il ne restera guère de survivants, après le conflit, pour raconter ces journées terribles.

 

Infographie, Service, Jamet, Constance, Agences, AFP, AP, Reuters
Le Figaro - ‎vendredi‎ ‎22‎ ‎août‎ ‎2014
Il y a 100 ans, le jour le plus sanglant de l'histoire de l'armée française

Neuf millions de soldats tombèrent de par le monde lors de la Première Guerre mondiale. En quatre ans de conflit, les premiers mois de combats furent les plus sanglants. Pour la France, une journée reflète cette terrible hécatombe: le 22 août 1914. Ce jour-là, 27.000 soldats français périrent sous les balles allemandes. Jamais de toute son existence, l'armée française ne perdit autant d'hommes en un seul jour.

Durant les cinq journées tragiques du 20 au 25 août, se conclut «la bataille des frontières» , première phase de la guerre. En six jours, 40.000 soldats français succombèrent sur 400 km de front entre la Belgique et la Lorraine. Le 22 août concentra 27.000 morts en 24 heures dont 7.000 pour la bataille du village belge de Rossignol: c'est autant de soldats français tués en un jour que durant toute la guerre d'Algérie de 1954 à 1962.

En 1914, l'armée française découvre en accéléré les stratégies militaires de combat du XXe siècle. Elle paye la doctrine de l'«offensive à outrance» défendue par l'état-major, résumée par la consigne du Général Joffre «On attaquera l'ennemi partout où on le rencontrera». Le choix est meurtrier, il ne prend pas en compte les progrès technologiques de l'armement.

Occulté par la bataille de la Marne

Interdits de battre en retraite, les soldats français qui chargent à la baïonnette le 22 août au matin sont décimés par les mitrailleurs allemands en position défensive. Les officiers sommés d'affronter l'ennemi «corps redressé», à découvert sans chercher à s'abriter, pour donner l'exemple, sont les plus touchés. Circonstance aggravante, rien n'est prêt pour soigner les blessés.

Pourquoi un tel désastre, qui n'a été que récemment réexploré par les historiens (1), a-t-il laissé si peu de traces dans la mémoire nationale? Le souvenir du «miracle de la Marne», la victoire française qui stoppera l'offensive allemande en septembre 1914, a occulté la sanglante défaite et ses erreurs stratégiques du mois précédent. Rares seront également les témoins directs du carnage qui survivront jusqu'à l'armistice le 11 novembre 1918.

(1)Le spécialiste Jean-Michel Steg a publié aux éditions Fayard, Le jour le plus meurtrier de l'histoire de France.

 

14-18. La fin d'une certaine bretonnitude

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Histoire. Mort le 22 août 1914 un Poilu sort de l'oubli

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(Ph. Facebook)

 

Plougasnou. Au secours des jumeaux Bonderf

 

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Il y a cent ans dans les tranchées

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Stéphanie TROUILLARD
France 24 - ‎samedi‎ ‎4‎ ‎octobre‎ ‎2014
Grande Guerre : quand le pinard était une arme pour la France

Il est connu que le "pinard" coulait à flot durant la Grande Guerre. Peu d'ouvrages sont pourtant consacrés à ce sujet. L'historien Christophe Lucand s'est enfin penché sur la question. Il montre combien le vin fut d'une importance stratégique.

"Le pinard c'est de la vinasse. Ça réchauffe là oùsque ça passe. Vas-y, Bidasse, remplis mon quart. Vive le pinard, vive le pinard !". Durant la Première Guerre mondiale, nombreux sont les poilus à siffloter cet air rendu célèbre par le chanteur comique Charles-Joseph Pasquier, dit Bach, incorporé au 140e régiment d’infanterie de ligne. Dans les tranchées et à l’arrière, le pinard est en effet le grand ami des soldats. Dans les chansons, sur les cartes postales ou sur les affiches publicitaires, ils sont souvent représentés un verre à la main. Le vin est l’un des grands symboles du conflit. "Cela a été un acteur tout à fait décisif de la guerre", résume ainsi l’historien Christophe Lucand. "L’alcool a été massivement utilisé dans les rangs français sur le front de l’Ouest".

"Faire tenir les hommes"

Depuis plusieurs mois, ce chercheur de la chaire Unesco, culture et tradition du vin, à l’Université de Bourgogne, s’est en effet intéressé à la consommation d’alcool au cours de la Première Guerre mondiale. Il a constaté qu’en tout premier lieu, le vin a d’abord servi à soutenir le moral des troupes : "Il a fallu très vite faire en sorte que les hommes tiennent. L’état-major était hanté par les défaites précédentes, celle de 1870 et tous les désastres qui s’en sont ensuivis. Il avait peur de voir le front se disloquer". L’historien s’est aussi rendu compte que le conflit a coïncidé avec des récoltes très abondantes : "Le marché vinicole était saturé en 1914. On a eu des quantités de vin spectaculaires à cette époque en France car on venait de sortir d’une période difficile marquée par la crise du phylloxéra [puceron ravageur de la vigne, NDLR]. Les vignobles du sud de la France qui ont été plantés avec des plants à très haut rendement, comme dans le Languedoc, le Roussillon, mais aussi surtout le vignoble d’Algérie, produisaient des quantités spectaculaires de vin. C’est une manière d’écouler ce produit qui est réclamé par les troupes".

Même si les récoltes ont ensuite diminué durant le conflit en raison des pénuries de main d’œuvre et de matériel, sur le front, les soldats n’ont pas manqué de remontants. Grâce à la réquisition de près d’un tiers de la production nationale, les troupes reçoivent ainsi entre 10 et 15 millions d’hectolitres par an. Avant la guerre, le vin ne faisait pourtant pas partie du cadre règlementaire de l’armée. Ce n’est qu’en 1914 que les poilus ont reçu gratuitement un quart de vin (25 cl par jour), puis deux quarts en 1916, avant d’atteindre trois quarts deux ans plus tard. "Cela n’avait jamais été dans les habitudes de l’armée française. Les soldats n’avaient jamais été directement approvisionnés sauf à titre exceptionnel comme pendant la campagne du Maroc avec le maréchal Lyautey (à partir de 1907, NDLR)", explique Christophe Lucand.

Le vin popularisé dans les tranchées

Une logistique exceptionnelle est mise en place pour transporter ces énormes quantités de vin. L’intendance de l’armée utilise des wagons réservoirs appelés wagons-foudres. Les alcools sont ensuite stockés dans des stations magasins à proximité du front et distribués par des véhicules automobiles. Des navires spécialisés dits "cargos-pinardiers" sont aussi réquisitionnés pour acheminer du vin jusqu’au front d’Orient.

De régiment en régiment, le "père pinard" est un camarade de tous les jours : "Le pinard est un dérivé du nom de cépage pinot. Il désigne un mauvais vin. Il est considéré par beaucoup de poilus comme étant frelaté, mouillé ou coupé, mais c’est ce produit qui va inonder les hommes dans les tranchées". Pour beaucoup de ces soldats, c’est aussi une nouveauté. "Beaucoup de Français, issus des départements du Nord et de l’Ouest notamment, vont découvrir le vin par la guerre. Ils étaient plus habitués à des alcools industriels ou des alcools de fruits comme le cidre", précise ce spécialiste de l’histoire vinicole. Le vin est ainsi popularisé durant la Première Guerre mondiale. De retour chez eux, les poilus et même certains soldats d’autres pays vont garder cette habitude. "On est à plus de 140 litres de vin par an et par habitant au lendemain de la guerre. Ce sont des consommations très importantes. Mais c’est un mauvais vin qui titre faiblement par rapport à ceux d’aujourd’hui. Il n’était que de 8 ou 9 degrés".

"Une boisson patriotique"

À l'issue du conflit, le vin n’est pas seulement devenu un produit de consommation courante, il est désormais un symbole national. Le "bon pinard tricolore" est utilisé abondamment par la propagande : "C’est une boisson patriotique. On oppose ce vin naturel et issu de raisin frais à l’alcool industriel qui représente surtout l’Allemagne et son Schnaps. C’est d’ailleurs à cette période, en 1915, qu’on interdit la consommation d’absinthe et d’autres alcools dérivés considérés comme antipatriotiques". Les généraux de l’armée française n’hésitent pas à glorifier le vin. Le maréchal Joffre, fils d’un tonnelier de Rivesaltes, a ainsi rendu gloire au "Général pinard qui a soutenu le moral des troupes". "Le maréchal Pétain a aussi exprimé ses remerciements au vin de France sans lequel le poilu n’aurait jamais remporté la victoire, dans un texte datant de 1935", ajoute Christophe Lucand.

Malgré le rôle indéniable du vin durant la Grande Guerre et son influence durable sur notre culture, cet historien constate que le sujet est peu traité. "Si vous allez chercher dans des grands dictionnaires sur la Grande Guerre, vous allez trouver deux lignes sur le pinard pour montrer que c’est un aliment folklorique et divertissant. Alors que selon moi, c’est un élément essentiel, en tout cas sur le front de l’Ouest et dans les rangs français. Les historiens considèrent que c’est un thème très périphérique par rapport aux grandes problématiques de la Première Guerre mondiale". Pour tenter de rétablir la place du pinard dans notre histoire, Christophe Lucand rédige actuellement un livre sur le vin entre 1914 et 1918 dont la publication est prévue pour le début de l’année 2015.

 

Le Monde.fr
Le Monde - ‎lundi‎ ‎6‎ ‎octobre‎ ‎2014
Les atrocités de Louvain vues par le peintre allemand Max Slevogt

En août1914, l’artiste allemand Max Slevogt, 55 ans, est en mauvaise santé, mais il veut voir la guerre de ses propres yeux, convaincu qu’elle lui apportera de nouvelles pulsions créatrices. Invité à assister aux combats en tant que peintre de guerre, il est envoyé en Belgique début octobre. Son enthousiasme guerrier se transformerapidement en dégoût. Sur place, il peint une série d’aquarelles représentant des blessés, des morts, des prisonniers et des ruines.

La Cathédrale de Louvain est réalisée à partir d’une photographie prise deux mois plus tôt. Le 25août 1914, à la suite d’une rumeur annonçant l’arrivée des troupes britanniques et belges, l’armée allemande allume plusieurs feux dans la ville et interdit à quiconque de les éteindre. L’incendie ravage la bibliothèque universitaire, le théâtre, le toit de la cathédrale Saint-Pierre, ainsi que 1081 maisons.

Cette œuvre est réalisée après le bombardement de la cathédrale de Reims, le 19septembre.L’Allemagneestalorsaucœurd’unepolémiqueinternationale. L’instrumentalisation de l’incendie de Notre-Dame de Reims par les Alliés a pour but de convaincre les neutres de la justesse de leur cause et de la barbarie des Allemands. Les intellectuels allemands répondent, le 3octobre, par«L’appel au monde civilisé». Signé par 93universitaires, dont des philosophes, des historiens de l’art, des artistes et des économistes, ce manifeste justifie les incendies de Louvain et de Reims: «Nous refusons énergiquement d’acheter la conservation d’une œuvre d’art au prix d’une défaite de nos armes. »

Slevogt fait partie des rares artistes allemands à ne pas tenter de blanchir les atrocités commises par son armée. Bouleversé, il quitte le front après trois semaines.A l’instar des peintresOtto Dix, Max Beckman, Ernst Ludwig Kirchner et Oskar Kokoschka, il sera durablement marqué par l’horreur de la guerre. De retour en Allemagne, il réalisera une série de 21dessins condamnant la guerre.Son Journal de guerre dans lequel apparaît La Cathédrale de Louvainsera publié en1917.

 

Le Monde.fr
Le Monde - ‎mercredi‎ ‎8‎ ‎octobre‎ ‎2014
Emmanuelle Bertrand joue du violoncelle de guerre

Le 21 septembre 1914, l’agent de liaison Maurice Maréchal, dont le régiment était cantonné à Hermonville dans la Marne, enfourchait son vélo pour porter un message à Reims. En route, le célèbre violoncelliste s’arrêta dans le village de Chenay. A l’invitation du général Mangin, il y revint en 1917, avec son violoncelle – le bien-nommé «Poilu»–, que deux camarades menuisiers dans le civil lui fabriquèrent en juin 1915 à partir de bois de caisse de munitions allemandes et de morceaux de porte de chêne.

Un siècle plus tard, jour pour jour, la violoncelliste Emmanuelle Bertrand lui rend hommage dans l’église de ce bourg de 200âmes qui fut dévasté par les bombardements pendant la Grande Guerre. Une cinquantaine de personnes sont venues assister à son concert-lecture intitulé «Le violoncelle de guerre, Maurice Maréchal et le “Poilu”».

Formée par Jean Deplace, lui-même élève de Maurice Maréchal, Emmanuelle Bertrand a commencé le violoncelle très jeune. «Je suis tombé amoureuse du son de Maréchal dès mon enfance, se souvient-elle. Il y a chez lui une sorte de rayonnement dans le son, un sourire, quelque chose de très généreux, ample et détendu.»

Voir : La bande annonce du film Le violoncelle des tranchées.

"Plus précieux que tout"

Passionnée par la rencontre entre la musique et l’histoire, Emmanuelle Bertrand commence à enquêter sur le mystère du «violoncelle de guerre» en 2007. «Pour Maréchal, le “Poilu”était plus précieux que tout», explique-t-elle. Avant de mourir, en 1964, le violoncelliste donne des consignes pour que l’instrument soit légué au Conservatoire national. Longtemps, le «Poilu» dormira dans les réserves de la Cité de la musique. Jusqu’à ce qu’Emmanuelle Bertrand obtienne l’autorisation de le voir et de le toucher. Malheureusement, pas d’en jouer. «Il y avait des fractures énormes. Cet instrument n’était pas fait pour vieillir.» Son rêve s’effondre pour un temps. Son luthier, Jean-Louis Prochasson, accepte de lui en fabriquer un identique.

Chemin faisant, elle découvre les carnets de guerre de celui qu’elle appelle son «grand-père de violoncelle» en lisant Maurice Maréchal, Lucien Durosoir, Deux musiciens dans la Grande Guerre (Tallandier, 2005). «J’ai trouvé ses écrits très touchants, presque naïfs. Il veut défendre l’honneur de son pays. En même temps, il ne veut pas se battre.»

Le premier concert-lecture a lieu à la Cité de la musique en avril 2011. Avec le centenaire, des dizaines de dates sont programmées dans toute la France. A ses côtés, le comédien Didier Sandre lit le texte en alternance avec Christophe Malavoy.

Le répertoire de Maréchal occupe une place centrale, mais il n’est pas le seul, loin s’en faut. Emmanuelle Bertrand fait appel à Jean-Sébastien Bach ainsi qu’à des compositeurs contemporains «que Maréchal n’a pas connus», tels Hans Werner Henze. Cet anachronisme ne la gêne pas. «C’est ce que le texte m’a soufflé. C’est aussi une manière de le prolonger. Certaines pièces de Benjamin Britten s’adaptent très bien aux moments de course dans les tranchées. Maréchal s’enfonce dans les boyaux, il trébuche sur des cadavres, il panique, il veut rejoindre son “gourbi”. Cela donne un sens très concret à la musique et, dans l’autre sens, cela permet d’aider le public qui n’est pas forcément rompu à ce type de répertoire.»

 

14-18. Une exposition itinérante dans les collèges

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