Jolie balade imprévue

Jolie balade imprévue
 
     Bon voilà  je vais conter une mésaventure qui m'était arrivée mardi en journée lors de ma dernière randonnée dans ma montagne bretonne. Sur le parcours en passant devant une maison j'étais tombé nez à nez avec une étrange créature, belle oui d'une beauté aux allures de déesse, bien raffinée dans l'ensemble. Cela me donnait des envies de la toucher, de la caresser, de quoi rendre jaloux n'importe quelle épouse ou aimante de mon entourage. 
     J'essayais de poursuivre en solitaire mon chemin. J'avais déjà parcouru une centaine de mètres que derrière moi la belle créature me suivait, faisant halte quand je m'arrêtais, repartant quand j'avançais me narguant en somme. Je m'étais de suite dit: "elle ne va pas continuer de me suivre car j'ai envie de faire mon parcours tout seul. Elle est belle mais va faire surement des jaloux, des envieux". Un peu fâché d'être suivi je lui demandais de me laisser tranquille et de choisir: soit de me devancer et filer dans la campagne, soit de retourner à la maison en me laissant en paix. Mais la créature aux couleurs rousses aux jolis reflets dorés ne l'entendait pas de la même oreille que moi et persistait à continuer son chemin.
    Je m'y résignais déjà à sa décision prise car nous avions parcouru ensemble déjà au moins plus de 500 mètres et je ne voulais pas revenir en arrière. Que faire devant tant d'entêtements? Filant devant moi la créature m'accompagnait tout au long de mon parcours m'attendant à chaque moment pour que je la suive.

     Qu'aurais je pu faire? Peut être aurais-je dû la ramener de suite à son point de départ, mais l'endroit semblait si désert, pas une âme qui vive dans le coin. Alors commençait notre balade, tantôt la créature me dépassait et se positionnait devant moi sur le sentier, tantôt elle ralentissait et je me trouvais à mon tour devant elle.   Là je pouvais en profiter pour tirer mes clichés. Je pestais car à chaque fois je l'avais dans la ligne de mon objectif. Je la trouvais belle cette forme impeccable mais de là à la prendre à chaque photo. Non! 
     Nous arrivions à la moitié du parcours. C'était le moment de faire une pause et de me ravitailler. C'était vrai les kilomètres parcourus celà creusait l'estomac et celà 
me permettait de souffler un peu. Quand j'ouvrais mon sac à dos la belle s'approchait de moi. Bon!  Pensais -je, j'ai l'esprit partageur, allez je coupais la moitié du casse-croûte et le lui tendais. Aussitôt la bête le prenait et d'une bouchée l'avalait. Cela me faisait chaud au coeur de savoir mon goûter apprécié. Je venais de faire une bonne action et j'appréciais d'avoir trouvé une bonne compagnie en même temps.

Je concluais que le chemin me paraissait moins long de le parcourir à deux.
      En continuant notre chemin nous traversions un ensemble agricole. Déjà au loin se présentait la masse imposante du bourg. En passant devant un champ où paissaient des taurillons, prise d'un moment de folie la bête fonçait sur les deux bêtes à cornes présentes (surement un jeu qu'elle devait avoir l'habitude de faire). Je me sentais tout à coup embarrassé. Que pouvais je faire à part de crier sur la bestiole pour la ramener à la raison et de lui dire d'arrêter ses idioties. Un des veaux se fâchait et chargeait, beuglait et jouait de ses pattes arrières pour frapper l'intruse qui continuait d'esquiver les coups. Une chance que les deux ne franchissèrent pas la clôture électrique et ne s'évadèrent pas dans la campagne. L'aventurière me regoignait et nous nous éloignions du lieu au plus vite. Ouf! M'étais-je dit, plus de peur que de mal. Pas de dégâts c'était le principal. Je m'étais mis à gronder ma compagne. Mes mots n'avaient pas l'air de l'intimider. Tant pis continuons notre chemin et espérons que les prochains champs seront vides d'animaux. 
     A chaque croisement de véhicules je criais. L'imprudente faisait toujours un écart soit pour se positionner devant ou soit courait après les autos. 
Pensant être sorti de mes inquiétudes, juste à l'entrée du bourg se trouvait un champ rempli de taurillons. Oh mince!  La bestiole ne faisait ni une ni deux déjà elle se trouvait entre les pattes des bovins qui lui foncèrent dessus. Nôtre écervelée se dégageait des coups qui auraient pu lui être fatals et revenait sur la route comme si cela ne l'avait point perturbé. 
     Ouf!  J'arrivais au parking de la salle des fêtes mon point de départ. "Je ne peux laisser ce joueur livré à lui -même, il va se perdre", pensais-je ?

 
     Voilà ma décision était prise de reconduire mon compagnon de voyage vers son hébergement. Celà me faisait un détour de trois kilomètres allez-retour.  Le parcours se passait à esquiver les voitures qui nous croisaient, à éviter et à rappeler à l'ordre l'animal qui à chaque passage de champ occupé de vaches, de chevaux se mettait à courir dangereusement évitant les coups de sabots.
 
     Parvenu au domicile de mon compagnon j'appelais devant la barrière fermée et appuyais sur l'interphone. Hélas pas la moindre réponse à part les clameurs des aboiements de d'autres chiens habitant les lieux. Comme pour l'aller sur mon parcours de randonnée je m'étais senti tout d'un coup gêné. La présence de voitures se trouvant stationnées dans la cour me disait d'insister. J'avais beau appeler, sonner. Personne ne venait.  Dès que je reprenais mon chemin sortant de la propriété le chien me suivait de nouveau. J'avais beau rouspéter après lui, le chasser mais rien n'y faisait. Le manège durait plus d'une demie heure. Quand je le ramenais il entrait dans la propriété et s'allongeait grignotant son os. A la fin vu que les propriétaires ne bougeaient pas je prenais la décision de revenir vers mon véhicule situé à 1,5 km, suivi par le jeune berger allemand bien sûr.
 
     Arrivé à mon véhicule mes remords d'abandonner mon compagnon du jour me reprenaient et dès que je m'étais éloigné du parking l'animal me suivait toujours courant derrière la voiture. Je prenais alors la direction de son lieu-dit d'habitation et arrivé à destination je faisais demi tour et m'éloignais le plus vite possible le laissant près de chez lui où il franchissait la barrière rejoignant ses maîtres.
 
     Je souhaite de tout coeur que mon compagnon de cette randonnée soit actuellement chez lui. J'avais passé une bonne journée en sa compagnie et je le remercie de m'avoir donné de bons souvenirs. "Au revoir le chien et sois sage!"
 
      Un bon conseil randonneurs ne vous laissez pas attendrir par ce beau regard si vous croisez cette bête ou alors il vous arrivera la même aventure.

 
 Joêl